Vingt ans du dispositif « Alerte Enlèvement » : 38 enfants retrouvés vivants

Créé le 28 février 2006 par le ministère de la Justice, en lien avec le ministère de l’Intérieur, le dispositif « Alerte Enlèvement » célèbre ses vingt ans en 2026. Déclenché sur décision d’un procureur de la République lorsqu’un mineur est enlevé et que sa vie ou son intégrité physique semble en danger, il a été activé à 37 reprises au 23 février 2026 et a permis de retrouver 38 enfants vivants.

Le dispositif vise à alerter la population afin de recueillir des témoignages, par la diffusion d’un message sur l’ensemble du territoire national via les médias, dans les aéroports, les gares et sur les autoroutes.

Une procédure inspirée du modèle canadien

L’idée d’un tel mécanisme en France émerge à la suite d’un voyage au Canada de Nicole Guedj, alors secrétaire d’État aux Victimes, et de Pascal Clément, président de la commission des lois à l’Assemblée nationale, où ils assistent à la présentation de la procédure « Amber Alert ». Un groupe de travail est mis en place par la direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la Justice, avec des travaux débutant le 15 décembre 2004.

Le 20 novembre 2005, alors garde des Sceaux, Pascal Clément décide d’utiliser le dispositif à titre expérimental lors de l’enlèvement d’une enfant prénommée Aurélia. L’enfant est rapidement retrouvée grâce à l’alerte. Le dispositif est ensuite pérennisé.

Le 28 février 2006, une convention encadrant les conditions de mise en œuvre de l’Alerte Enlèvement est signée par le garde des Sceaux et les ministres de l’Intérieur, de la Défense et des Transports, ainsi que par les principaux médias, des sociétés d’autoroute, la RATP, la SNCF et des associations de victimes et d’aide aux victimes. Plus d’une soixantaine de partenaires sont aujourd’hui signataires.

Des critères stricts de déclenchement

Le dispositif peut être activé lorsque quatre critères sont réunis : il s’agit d’un enlèvement avéré et non d’une disparition, même inquiétante ; la victime est mineure ; la vie ou l’intégrité physique de l’enfant est en danger ; le procureur de la République dispose d’éléments d’identification précis dont la diffusion peut permettre d’identifier l’enfant et/ou son ravisseur.

La décision de déclenchement appartient au procureur de la République, après un avis motivé du procureur général de la cour d’appel et l’accord de la direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la Justice. Le procureur peut également décider de ne pas déclencher l’alerte si sa diffusion est susceptible de mettre en danger la vie de l’enfant ou de compromettre les investigations.

Une fois l’alerte décidée, le procureur rédige un message comprenant notamment le prénom de l’enfant, sa photo éventuelle, son sexe, des éléments d’identification, l’heure et le lieu de l’enlèvement. Pour le ou les suspects, sont mentionnés leur nombre, leur sexe, une description physique, les vêtements portés au moment des faits, ainsi que, le cas échéant, une photo et la description d’un véhicule. Un numéro de téléphone unique est mis à disposition pour recueillir les témoignages.

Le ministère de la Justice diffuse l’alerte sur son site internet dédié et sur les réseaux sociaux. Les forces de police ou de gendarmerie en charge de l’enquête relaient ensuite le message auprès des partenaires signataires, qui assurent sa diffusion.

Organisation et durée de l’alerte

En cas de disparition inquiétante ou d’enlèvement, les investigations sont immédiatement engagées. En zone gendarmerie, la section de recherches compétente peut prendre la direction de l’enquête et alerter le centre national des opérations de la Gendarmerie nationale. En zone police, les premières investigations sont conduites par les services locaux ou départementaux de police judiciaire, l’information étant transmise au Centre d’information de la Police nationale puis à la Direction nationale de la Police judiciaire.

La durée initiale d’une Alerte Enlèvement est de trois heures, période durant laquelle les partenaires s’engagent à diffuser le message toutes les 15 minutes. L’autorité judiciaire peut décider de prolonger l’alerte par tranches de trois heures. Le procureur peut également lever le dispositif en fonction de l’évolution de l’enquête. L’alerte est immédiatement levée lorsque l’enfant est retrouvé. Toute publication de la photo de l’enfant doit alors être retirée afin de préserver son droit à l’oubli.

Parmi les partenaires figurent des agences de presse, des chaînes de télévision, des stations de radio, des gestionnaires de réseaux routiers, la SNCF, la RATP, des associations de victimes, les services des douanes, des éditeurs de sites internet et d’applications mobiles ainsi que des afficheurs urbains.

Un bilan marqué par une hausse des enlèvements familiaux

Depuis 2006, l’alerte a été déclenchée 37 fois. Dans la majorité des cas, elle a permis la localisation du ravisseur ou de son véhicule grâce à un témoignage. La pression médiatique a également contribué, dans certains cas, à la remise de l’enfant par le ravisseur.

Sur les 37 affaires, la police a dirigé l’enquête à 25 reprises, la gendarmerie à 10 reprises, et les deux services ont été cosaisis dans deux cas.

Dans 64 % des alertes, le ravisseur était un homme seul, et dans 22 % des cas une femme seule. L’analyse des situations fait apparaître une augmentation des enlèvements dans un cadre familial. Entre 2006 et 2012, 3 des 12 alertes concernaient un contexte familial (environ 25 %). Entre 2013 et 2018, 7 des 10 alertes relevaient d’un cadre familial (environ 70 %). Entre 2019 et 2025, 11 des 14 alertes concernaient un enlèvement familial (environ 80 %).

Concernant le profil des ravisseurs, dans 8 cas (23 %) l’auteur était inconnu de l’enfant, dans 19 cas (56 %) il s’agissait d’un parent, et dans 7 cas (21 %) d’un proche.


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