La Cour des comptes a publié un rapport consacré au processus d’arrêt des centrales électriques à charbon en France. L’étude évalue les conséquences de cette transition sur la sécurité d’approvisionnement en électricité, l’avenir des sites concernés et les enjeux liés à leur fermeture ou à leur reconversion. Le contrôle porte sur les quatre dernières centrales à charbon encore en fonctionnement ou en cours de reconversion dans le pays : les centrales du Havre et de Cordemais exploitées par EDF, ainsi que celles de Saint-Avold et de Gardanne exploitées par la société GazelEnergie Génération.
Le recul de l’usage du charbon dans la production d’électricité s’inscrit dans une tendance observée depuis plusieurs années dans les économies avancées, liée notamment à une perte de compétitivité de ces installations. En France, la volonté d’accélérer cette évolution a été affirmée en 2017 avec l’annonce du Plan Climat, qui fixait l’objectif d’une sortie du charbon à l’horizon 2022. Cette orientation a été confirmée par la loi Énergie-Climat adoptée en 2019. La Cour des comptes rappelle que cette décision s’inscrit dans les objectifs de la France en matière de lutte contre le changement climatique, tout en soulignant qu’elle comporte des enjeux pour la sécurité d’approvisionnement du système électrique.
Au moment de l’annonce de cette trajectoire, la part du nucléaire dans le mix électrique devait être ramenée à 50 % d’ici 2025, ce qui pouvait accentuer les tensions sur l’équilibre du système électrique. Le report de cet objectif à 2035 a partiellement réduit ces contraintes. Toutefois, la crise énergétique de 2021-2022 a mis en évidence certaines fragilités du système. Durant cette période, les centrales à charbon ont connu une activité temporairement plus importante, alors que leur fonctionnement se limitait depuis 2019 à quelques centaines d’heures par an. Cette situation exceptionnelle a permis aux installations de générer des bénéfices sur une courte période. L’objectif de fermeture des centrales n’a cependant pas été remis en cause, mais son échéance a été repoussée à 2027. Selon le rapport, le déficit de capacités électriques devrait progressivement se résorber grâce à une meilleure disponibilité du parc nucléaire et à la montée en puissance des énergies renouvelables.
La Cour des comptes souligne également les difficultés économiques rencontrées par les projets de reconversion des centrales à charbon vers des solutions bas-carbone. Le démantèlement en cours de la centrale du Havre et la reconversion industrielle du site de Cordemais illustrent ces enjeux. À Saint-Avold, une conversion reste envisagée, mais la viabilité économique des installations demeure incertaine en raison de coûts fixes et variables élevés et de conditions de marché jugées défavorables à moyen terme.
Le rapport examine également le cas de la centrale de Gardanne, dont une tranche a été convertie à la biomasse en 2013. Cette conversion met en évidence les difficultés économiques de ces projets, notamment en raison du coût plus élevé de la biomasse solide par rapport au charbon. La Cour des comptes relève que le soutien public accordé au producteur à la fin de l’année 2024 comporte un risque élevé pour les finances publiques. Elle souligne également que les modifications apportées aux conditions contractuelles initiales ont conduit à une revalorisation du tarif d’achat de l’électricité accordé à GazelEnergie. Le rapport mentionne par ailleurs des interrogations concernant le bilan carbone et les impacts environnementaux de cette installation.
Enfin, la Cour des comptes estime que l’avenir des centrales à charbon met en évidence la nécessité pour l’État de préciser sa stratégie concernant le parc thermique. Selon RTE, gestionnaire du réseau électrique, entre 2 et 5 gigawatts de capacités thermiques supplémentaires pourraient être nécessaires pour garantir la sécurité d’approvisionnement électrique à partir de 2030. Dans ce contexte, la réforme du mécanisme de capacité, dont l’entrée en vigueur est prévue en 2026, est présentée comme un élément déterminant pour clarifier le rôle futur des installations thermiques dans le système électrique français.
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