La lutte contre les dérives mafieuses figure parmi les priorités affichées du parquet de Paris pour 2026. Dans un entretien, la procureure de Paris, Laure Beccuau, dresse un état des lieux préoccupant de certaines évolutions observées sur le territoire et expose les leviers qu’elle entend actionner pour empêcher l’installation durable de formes de criminalité organisée inspirées de logiques mafieuses.
Selon sa déclaration, « quand on parle de mafia, on parle du système de mafia italienne », précisant qu’il n’existe pas à ce stade de « mafias endogènes » en France, entendues comme des structures comparables et nées sur le territoire national. Pour autant, elle estime que « des clignotants » sont visibles et qu’« une pensée mafieuse » commence à émerger. L’assassinat de Mehdi Kessaci est ainsi cité comme un signal inquiétant, « pour la seule raison qu’il était le frère de quelqu’un qui veut lutter contre l’implantation d’une contre-société », selon ses propos.
La procureure insiste sur le risque que représente l’installation progressive de réseaux criminels dans le quotidien des habitants. Selon elle, « une fois que la mafia l’emporte, sa présence sur le territoire n’est plus remise en cause », les habitants finissant par se tourner vers ces structures pour obtenir protection, emplois ou services, au détriment des autorités publiques. Elle précise toutefois « nous n’en sommes pas là », tout en soulignant des situations où « des trafiquants de stupéfiants montent les courses des personnes âgées ou aident à obtenir des emplois ou des logements sociaux », des pratiques qui brouillent les repères et favorisent l’émergence d’une contre-société.
Ces phénomènes peuvent, selon elle, déboucher sur des dérives plus graves, allant jusqu’à des pressions électorales ou à la contamination de l’économie légale par le blanchiment, « à force de blanchir dans les petits commerces », ce qui finit par « véroler progressivement l’économie légale ». Des situations de ce type ont déjà été observées dans certains territoires relevant de la juridiction interrégionale spécialisée de Paris.
Face à ces constats, la procureure entend renforcer l’action territoriale. Selon sa déclaration, « nous allons nous rendre dans tous les tribunaux qui relèvent de la Jirs de Paris pour discuter avec les collègues magistrats et les enquêteurs », afin de les inciter à « surveiller ces phénomènes », à développer le renseignement criminel et à maintenir un dialogue étroit avec les habitants. Elle rappelle que le Parquet national anticriminalité organisée est désormais chargé des dossiers de très grande complexité et des cibles nationales, mais que la lutte contre la criminalité organisée « restera éminemment territoriale ».
L’objectif affiché va au-delà des seules saisies de stupéfiants. Selon la procureure, la priorité est « l’entrave », entendue comme l’action sur « la circulation des produits, la communication des réseaux via les plateformes et la réintroduction du profit criminel dans l’économie légale ». Une stratégie globale destinée à empêcher l’ancrage durable de logiques mafieuses et à préserver l’autorité de l’État dans les territoires.
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