Alors que le débat énergétique français se concentre sur des enjeux nationaux tels que l’ARENH, la réforme du DPE, l’évolution des aides à la rénovation ou encore la volatilité des prix de l’électricité, les dynamiques de consommation diffèrent fortement d’un territoire à l’autre. Typologie des logements, systèmes de chauffage, taux d’équipement, climat et précarité énergétique influencent directement les usages.
À partir des données issues de 60 000 logements utilisateurs, Watt Watchers met en évidence des écarts marqués entre départements. Le programme, fondé sur l’analyse des consommations réelles via les compteurs communicants, observe notamment des différences significatives entre Paris, les Bouches-du-Rhône et le Nord. Selon ces données, il n’existe pas une sobriété nationale moyenne, mais des réalités locales distinctes.
À Paris, la consommation moyenne d’énergie par logement est la plus faible des trois territoires étudiés. Cette situation s’explique principalement par la structure du bâti : surfaces plus petites, habitat majoritairement collectif, moins d’occupants par logement et moindre présence d’équipements énergivores. La densité urbaine limite certains usages. Toutefois, le parc reste fortement énergivore : 29 % des logements suivis sont classés F ou G, 40 % sont chauffés par des radiateurs électriques classiques et plus de 50 % de la consommation totale d’électricité est liée au chauffage ou à l’eau chaude sanitaire. L’enjeu identifié porte sur l’accélération de la rénovation énergétique et l’accompagnement des ménages concernant les usages liés au chauffage électrique.
Dans les Bouches-du-Rhône, la consommation électrique moyenne par logement est nettement plus élevée qu’à Paris et la structure des usages diffère. Le climat méditerranéen favorise le recours à la climatisation et accentue certains usages estivaux. Les logements y sont plus grands, la proportion de maisons individuelles est plus importante, le taux d’équipement en électroménager et multimédia est élevé et plus de 60 % des logements disposent d’un chauffe-eau électrique. La climatisation, les piscines et l’eau chaude sanitaire pèsent fortement dans la consommation. L’électricité spécifique, hors chauffage et eau chaude sanitaire, apparaît près de deux fois plus élevée qu’à Paris. Les données soulignent la nécessité d’améliorer l’efficacité des usages spécifiques et d’adapter les politiques énergétiques aux contraintes climatiques et au type d’habitat.
Dans le Nord, la consommation moyenne la plus élevée des trois territoires étudiés dépasse 8 000 kWh par an et par logement pour le gaz et l’électricité. Ce niveau s’explique par un climat plus froid, des surfaces habitables plus importantes, environ 95 m² en moyenne, un nombre d’occupants plus élevé, autour de 2,7 par logement, et un parc immobilier ancien. Près de 60 % des logements sont chauffés au gaz et une part significative présente une faible performance énergétique. En cas de forte hausse du prix du gaz, la facture des ménages pourrait fortement augmenter. Les leviers identifiés concernent l’installation de systèmes de chauffage efficaces, tels que les pompes à chaleur, et la rénovation des logements les moins bien isolés afin de réduire la dépendance aux énergies fossiles.
Pour Watt Watchers, ces constats montrent que la transition énergétique ne peut être pilotée uniquement à partir d’indicateurs nationaux moyens. « La transition énergétique ne peut pas se penser depuis une moyenne nationale abstraite. Chaque département est une réalité énergétique à part entière. Comprendre les usages locaux est indispensable pour proposer des solutions concrètes et adaptées aux habitants », souligne Florence Hoffmann, responsable du programme Watt Watchers.
Face à ces écarts territoriaux, le programme déploie une approche en trois temps. D’abord mesurer, en analysant les données issues des compteurs communicants afin d’objectiver les usages et d’identifier les principaux postes de consommation. Ensuite comprendre, en croisant ces données avec les caractéristiques locales comme le type d’habitat, le climat ou les équipements. Enfin agir, en traduisant ces diagnostics en recommandations personnalisées via l’application et en actions de terrain menées avec des partenaires, notamment le mouvement associatif e-graine.
Sur les trois territoires étudiés, plus de 170 animations, ateliers et stands ont été organisés. Gratuites et ouvertes à tous, ces interventions visent à faciliter l’appropriation des enjeux énergétiques et la mise en pratique de gestes adaptés. L’articulation entre analyse des données et accompagnement permet d’aider les habitants via l’application gratuite, d’éclairer les collectivités et les décideurs publics avec des données objectivées et de territorialiser la transition énergétique en ciblant les mesures selon les réalités locales.
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