Qui dirige l'incompétence ?

Pour gérer de l’argent, une certaine compétence est nécessaire. Quand les ressources sont illimitées savoir dépenser est à la portée de tous. Mais lorsqu’il faut faire des choix ce n’est plus du tout la même histoire. Qui dépense sans limite ? Personne, même pas les milliardaires… car s'ils le sont, c’est précisément parce qu’ils ont fait les bons choix dans leurs dépenses.

L'aptitude à savoir dépenser diffère selon que vous êtes dans le privé ou le public. Dans le premier cas, vous devez obligatoirement faire les bons choix, sinon la sentence est immédiate, sans appel : la faillite ! Et personne ne sera présent pour vous aider, bien au contraire. Dans le public c’est moins stressant parce qu’il n’existe pas tellement de conséquences personnelles face à un résultat désastreux pour les finances publiques parce que personne ne sait vraiment qui dépense et de quel argent il s’agit. C’est tellement le bazar que l’urgence n’est jamais de savoir d’où va provenir l’argent qui sera dépensé… car en pratique, cet argent est dépensé avant même de correspondre au moindre crédit… voilà d’où proviennent les déficits perpétuels. Cette logique financière, dans le public, n’est pas celle du « bon père de famille », l’argent n’étant à personne et à tout le monde à la fois, les organismes publics pensent qu’ils peuvent en disposer librement, ou presque, et dépensent sans accorder aux investissements publics la même rigueur financière qu'ils attachent à leurs affaires personnelles.  

 

Sous prétexte de promesses de campagne, des priorités sont financées alors qu’elles ne sont pas essentielles à la vie des citoyens ; elles servent plus le clientélisme que la fidélité due à la réalisation d'actions d'intérêt général. La dépense connaît donc des limites, lesquelles, au vu de l’organisation étatique actuelle, sont très vite dépassées. Il serait bien un jour de demander un audit, car c’est quand même leur très grande spécialité aux gens de Bercy que de se projeter dans un avenir financier catastrophique, pour connaître, à toute fin inutile, le budget juste et parfait de chaque ministère. Il serait alors possible d’obtenir une hypothèse délimitant le spectre d'une loi de finance permettant d'atteindre le Graal d'un budget, qui sait, "équilibré"… Une utopie, certes, depuis 1974, mais cela donnerait une idée précise du gouffre séparant une saine gestion, des limbes déficitaires dans lesquels nous errons à fonds perdus. Imaginez que ces technocrates osent établir et rendre publiques ces deux hypothèses, celle d’un montant minimum paradisiaque et celle avec un montant chimérique.  

 

Toute chose ayant une limite, si nous connaissons les limites financières de bon fonctionnement de nos services publics nous pourrions au moins matérialiser un budget. Plutôt que de toujours bassiner les Français sur le manque de moyens, inversons la tendance et tentons de passer au moins une fois dans un monde virtuel qui parlerait sinon d’excès de moyens, du moins de ressources adaptées aux besoins réels. Cela permettrait de savoir si vraiment c’est uniquement l’argent qui permet de résoudre les éternels problèmes de nos chers dépensiers. Car en regardant la courbe des dépenses, le constat est qu’elle n’a jamais cessé d’augmenter. Par hypothèse, rapportons le budget de dépense actuel, sur la réalité de 1980 ?  Que ce serait-il passé ? Le pays irait-il mieux pour autant ? Si nous disposions aujourd'hui d'un budget illimité, avec augmentation les salaires, des retraites, de l'aide à tous les malheurs du monde, achats de matériels en tous genres, plein feu sur la Recherche et l’Innovation, les dotations pour la Défense, la Santé, la sacro-sainte transition écolo… combien cela coûterait-il ?   

 

L’argent semble être le seul et unique moteur de l’évolution de notre nation. Il faut donc bien, même très bien, le dépenser. Pour cela, mettre en place des vrais responsables pour obtenir des résultats est indispensable. Les résultats doivent être en fonction des priorités fixées par des personnes dites de compétences financières avant toute prise de décision. Les élus ont le rôle de définir les priorités de leur territoire, mais ces représentants n’ont souvent pas la qualification pour gérer l’argent public. Toute la difficulté lorsque l’argent manque est de faire des choix. Utiles de préférence. La Cour des comptes nous le démontre à chaque rapport, ce sont les petites villes qui gèrent le mieux l’argent public. Pourquoi ? Parce que les comptes des dépenses, et les résultats, sont visibles. Impossible pour eux de dépenser en superflu, ni en expérience. Ces collectivités sont soumises à la règle d'or. Pas l'État… L'Investissement est essentiel aux améliorations de la vie communautaire, plus que le fonctionnement. Le déséquilibre entre ces deux chapitres est d'ordinaire significatif de politiques mal orientées ou détournées. 

 

Comment faire pour rendre visible les dépenses invisibles ? C’est la plus grande problématique des élus. Il faut que les investissements se voient. Mais lorsque ce n'est pas le cas, ils doivent avoir le courage de communiquer. L’eau par exemple. Réexpliquer pourquoi et comment l’eau du robinet est - plus ou moins - potable pour tous. Réexpliquer quel est le budget issu des impôts directs qui est utilisé pour les trottoirs… inciter le contribuable à faire attention. Une fois que ce dernier a compris à quoi sert ce qu’il paye, il sera plus impliqué dans l’entretien de la propreté du trottoir en face de chez lui. Pour l’heure, ce même contribuable ne voit que les voyages en classe Affaire, les richesses accumulées par les acteurs publics, les rémunérations des élus qui paraissent de plus en plus exorbitantes… S’il comprend mieux, le contribuable voudra, certainement, participer davantage selon ses moyens. L’impôt doit inciter à vouloir participer et non pas à le dégoûter de payer avec le sentiment que son obole profite qu’à une partie privilégiée de la population. Rendre aussi notable l’ensemble des contributeurs, les remercier de pouvoir faire des actions sociales peut être également un objectif de communication que bon nombre d’élus ont oublié, voulant sans cesse s’approprier la paternité des actions en oubliant totalement les sponsors, voire les mécènes. L’argent, toujours l’argent. Dans le privé s'il ne fait pas le bonheur, il y participe, ce qui attise espoir, envie, jalousie… Dans le public, tout l'argent du monde ne suffirait pas à susciter le meilleur des mondes… Tentons alors de trouver la juste mesure pour la satisfaction d'un indice de bonheur suffisant. 

 

Quant à la question de savoir si le "plein argent" bien géré fait le bonheur… avec un brin de cynisme nous répondrons "absolument"… et ce même lorsque l’on est incompétent ! Il suffit pour en juger, de considérer la situation plus que confortable dont bénéficie la grande majorité de nos élus et parlementaires, ministres et "ministricules", passés et présents, marxisants ou libéraux…


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