À la suite des annonces gouvernementales évoquant une restructuration de Santé publique France et un pilotage renforcé des campagnes de prévention par le ministère de la Santé, la Fédération Addiction a exprimé ses inquiétudes quant aux conséquences de cette orientation sur la santé publique.
La réorganisation envisagée conduirait à placer les campagnes de prévention sous le pilotage direct du ministère, remettant en cause le rôle de Santé publique France, dont la mission est de concevoir, piloter et évaluer des campagnes fondées sur des données scientifiques et des méthodes professionnelles. La Fédération Addiction estime que cette évolution pourrait fragiliser la qualité et l’efficacité des politiques de prévention, en marginalisant l’expertise des agences sanitaires.
Cette annonce intervient dans un contexte plus large de réformes touchant les agences sanitaires de l’État, alors que des évolutions concernant les agences régionales de santé sont également engagées. Pour la Fédération Addiction, ces orientations s’inscrivent dans une dynamique de remise en cause de l’expertise sanitaire publique.
L’organisation souligne que les évolutions des consommations de drogues en France appellent, au contraire, un renforcement des politiques de prévention. Les professionnels de l’addictologie qu’elle représente appellent ainsi le gouvernement à suspendre les réformes annoncées et à engager un dialogue avec les acteurs de santé afin d’éviter, selon eux, un affaiblissement durable de l’expertise sanitaire.
La Fédération Addiction rappelle que les campagnes de prévention en santé publique reposent sur des compétences spécifiques et doivent s’appuyer sur des données scientifiques, des méthodes éprouvées et une connaissance précise des publics concernés. Elle alerte sur les risques de messages inadaptés ou mal ciblés, susceptibles d’être inefficaces ou contre-productifs, pouvant banaliser certains usages ou renforcer les comportements que la prévention cherche à limiter.
Pour étayer ses inquiétudes, l’organisation cite plusieurs précédents récents. Elle mentionne notamment la campagne « Derrière la fumée » en 2021 et la campagne gouvernementale « Le prix de la drogue » en 2025, indiquant que cette dernière n’aurait fait l’objet d’aucune concertation avec les acteurs de terrain ni d’évaluation de son efficacité, pour un coût annoncé de deux millions d’euros. Elle rappelle également l’annulation, en 2019, de la campagne publique du Dry January à la suite d’une intervention politique.
La Fédération Addiction considère que la remise en cause de Santé publique France, après celle des agences régionales de santé, s’inscrit dans une dynamique plus globale observée lors des débats parlementaires autour de la loi dite de « simplification », où certaines propositions visaient à affaiblir ou supprimer des agences sanitaires.
Dans ce contexte, l’organisation plaide pour une prévention fondée sur une information claire, objective et scientifique, élaborée avec les acteurs de terrain, testée en amont et évaluée afin d’en mesurer l’impact. Elle estime qu’en l’absence d’expertise, de méthode et d’évaluation, la prévention risque d’être réduite à une simple action de communication.
La présidente de la Fédération Addiction, Catherine Delorme, a déclaré : « Malgré les discours politiques, la prévention reste le parent pauvre de la santé publique en France, marquée par l’absence de financements pérennes et de stratégies de long terme. Fragiliser Santé publique France et les agences régionales de santé ne peut qu’aggraver cette situation. Il est temps de traiter la prévention avec le sérieux qu’elle exige, en lui donnant des moyens suffisants, une expertise reconnue et une indépendance garantie ».
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