Avec près de 2 100 entreprises françaises implantées en Chine, le marché reste stratégique pour de nombreux groupes européens. Mais les projets de développement y sont souvent freinés par une perception élevée du risque cyber. Pour I-TRACING, cette difficulté tient moins à la technologie elle-même qu’à la gouvernance, à l’organisation des équipes et à la capacité à adapter les dispositifs de sécurité aux spécificités locales.
L’entreprise estime que les organisations qui réussissent en Chine sont celles qui évitent de transposer à l’identique leurs modèles européens et privilégient une approche hybride, articulant exigences réglementaires, outils locaux et gouvernance globale.
Un cadre réglementaire dense, mais pas nécessairement illisible
La Chine s’appuie notamment sur la Cybersecurity Law, la Data Security Law et la Personal Information Protection Law, auxquelles s’ajoutent des déclinaisons sectorielles et locales.
I-TRACING considère toutefois que cette complexité est souvent surestimée. Selon l’entreprise, la mise en conformité se construit de manière progressive et dépend notamment du secteur, de la taille de l’entreprise et de son impact économique.
L’enjeu serait donc moins d’appliquer mécaniquement un corpus juridique que de comprendre la manière dont les exigences sont mises en œuvre localement et d’intégrer cette dimension dans la gouvernance du projet.
Des filiales parfois mal intégrées à la sécurité du groupe
Le principal point de fragilité identifié par I-TRACING concerne l’organisation interne.
Dans certains groupes, les actifs informatiques des filiales chinoises seraient insuffisamment référencés, les agents de sécurité déployés de façon incomplète et les journaux techniques difficiles à remonter vers les SIEM européens. Des serveurs ou applications locales peuvent ainsi être découverts tardivement, notamment à l’occasion d’un audit ou d’un incident.
À cela s’ajoutent des différences dans les outils et méthodes de travail. WeCom, DingTalk ou Feishu sont couramment utilisés en Chine, tandis que les sièges européens s’appuient davantage sur Teams, Slack ou Zoom.
Les processus de remontée d’information peuvent également diverger : échanges plus hiérarchiques ou contextuels côté chinois, contre tickets, KPI et reportings structurés côté européen. La langue, les calendriers et certaines périodes comme le Spring Festival ou la Golden Week peuvent enfin ralentir les projets si elles ne sont pas intégrées dès leur planification.
Des outils occidentaux pas toujours adaptés
I-TRACING souligne aussi que certaines technologies internationales peuvent être moins performantes ou difficiles à exploiter en Chine.
L’entreprise cite notamment les contraintes de latence, le Great Firewall et le fait que certains moteurs de détection ne sont pas nécessairement entraînés sur des exécutables ou environnements chinois. Certaines solutions peuvent également poser des difficultés de conformité.
À l’inverse, des acteurs locaux comme Qi-An-Xin, Sangfor, Rizhiyi, RankEZ ou WangSU proposent des solutions que les sièges européens connaissent parfois peu.
Pour I-TRACING, la réponse passe donc par des architectures hybrides associant outils globaux et solutions locales certifiées, plutôt que par la duplication à l’identique du modèle utilisé en Europe.
La connectivité devient un sujet de sécurité
La liaison entre la Chine et l’Europe représente également un enjeu technique important.
Selon les éléments communiqués, la latence entre Paris et Shanghai peut atteindre 300 millisecondes, avec des pertes de paquets susceptibles de perturber les consoles cloud, les agents de sécurité ou certains mécanismes d’authentification.
I-TRACING recommande donc d’intégrer cette contrainte dès la conception des architectures, avec des dispositifs adaptés au contexte chinois, notamment du SD-WAN conforme, du stockage local et une remontée de métadonnées vers les infrastructures globales.
La présence locale comme point de jonction
Pour l’entreprise, le facteur humain reste déterminant. Les projets les plus solides seraient ceux qui s’appuient sur des équipes capables de comprendre à la fois les réalités opérationnelles chinoises, les référentiels locaux et internationaux et les environnements technologiques hybrides.
Cette présence doit aussi faciliter les échanges entre équipes chinoises et européennes, réduire les incompréhensions et accélérer les décisions lors des incidents ou phases de déploiement.
« La Chine n'est pas un marché où l'on peut appliquer mécaniquement des méthodes européennes. Les entreprises qui réussissent sont celles qui comprennent les spécificités locales, créent du lien entre leurs équipes chinoises et européennes et s'appuient sur une présence de proximité solide », déclare Pierre Malgorn, Asia Pacific Director chez I-TRACING.
Selon lui, une approche adaptée permet de faire de la cybersécurité « un véritable accélérateur de croissance » plutôt qu’un frein au développement.
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