Cultiver en France du lion’s mane, du reishi, du cordyceps ou encore du shiitake, puis les transformer sur place en compléments alimentaires : c’est le pari engagé depuis 2022 par Villa Hélène, installée sur le plateau de Millevaches. L’entreprise limousine emploie aujourd’hui cinq personnes et indique produire environ cinq tonnes de champignons par an, avec l’ambition de contribuer à structurer une filière française encore peu développée.
Paul et Cécile de Vulpian, cofondateurs de l’entreprise, disent avoir identifié dès leurs débuts le décalage entre l’essor international de ces produits, notamment aux États-Unis et en Chine, et la faiblesse de la production française.
« Lorsque nous avons commencé à nous intéresser aux champignons médicinaux, les États-Unis connaissaient déjà une croissance spectaculaire de ce marché depuis près de vingt ans. Nous étions convaincus que cette vague finirait par atteindre la France », explique Paul de Vulpian, cofondateur de Villa Hélène.
Du mycélium au flacon dans un même site
L’entreprise a choisi de maîtriser directement plusieurs étapes de sa production. Elle sélectionne et conserve ses propres souches de mycélium, prépare ses substrats, cultive les champignons, les récolte et les sèche avant de procéder à leur extraction et à leur conditionnement.
Villa Hélène cultive aujourd’hui plus de dix variétés de champignons. Les substrats sont notamment préparés à partir de sciure de chêne provenant d’une scierie limousine et de son de blé fourni par des artisans boulangers de la région.
« Nous voulions savoir exactement ce qu'il y avait dans chaque flacon et pouvoir raconter toute son histoire, depuis la souche jusqu'au produit fini », précise Cécile de Vulpian, cofondatrice de Villa Hélène.
L’entreprise met la traçabilité au centre de son positionnement, dans un secteur où la matière première peut être importée déjà transformée ou réduite en poudre.
Une étude américaine de 2017 citée pour illustrer les questions de traçabilité
Villa Hélène s’appuie notamment sur une étude publiée en 2017 concernant 19 compléments alimentaires à base de reishi commercialisés aux États-Unis. Selon les éléments communiqués par l’entreprise, 14 d’entre eux n’auraient pas été conformes aux indications figurant sur leur étiquette.
Le communiqué transmis ne précise toutefois ni les auteurs ni les modalités de cette étude, ce qui ne permet pas d’en apprécier ici la portée complète.
Pour les fondateurs, la qualité d’un produit dépend notamment de la souche utilisée, du substrat de culture, des conditions de séchage ou encore des procédés d’extraction.
« Notre point de départ, c’est le champignon. Nous le cultivons, nous le récoltons, nous le transformons et nous l’extrayons nous-mêmes », souligne Paul de Vulpian.
Un laboratoire d’extraction développé en parallèle
Au-delà de la culture, Villa Hélène a créé son propre laboratoire afin de produire ses extraits.
L’entreprise explique notamment recourir à une double extraction assistée par ultrasons et à une évaporation douce sous vide. Elle indique que ce procédé vise notamment à extraire certains composés emprisonnés dans la paroi des cellules fongiques, constituée notamment de chitine.
Chaque lot peut ensuite faire l’objet d’analyses portant sur différents marqueurs afin, selon l’entreprise, de suivre la régularité des extraits obtenus.
Former de nouveaux producteurs en France
Depuis 2025, Villa Hélène est également organisme de formation professionnelle certifié Qualiopi. Plusieurs fois par an, elle accueille dans ses locaux des personnes souhaitant se former à la myciculture.
Les formations abordent notamment le travail du mycélium, la préparation des substrats, la conception des espaces de culture, la pasteurisation et les itinéraires techniques de production.
« Nous aimerions contribuer, à notre échelle, à faire émerger une véritable filière française du champignon comestible ou médicinal. Nous avons les compétences, les territoires et les savoir-faire pour produire en France ce que nous avons pris l’habitude d’importer », indique Cécile de Vulpian.
Avec cette stratégie, Villa Hélène cherche à développer simultanément une activité de production, de transformation et de transmission de savoir-faire autour d’un marché encore largement alimenté par les importations, selon l’entreprise.
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