La startup OTEO, spécialisée dans le déploiement de l’hébergement temporaire non médicalisé (HTNM), annonce une levée de 1,2 million d’euros pour accélérer son développement auprès des établissements de santé. Créée en 2023 par Léa Jakubowicz et Elsa Kiefer, l’entreprise ambitionne d’équiper 175 établissements et de gérer 500 000 nuitées par an à l’horizon 2030.
Le tour de table est mené par makesense seed II, avec 50 Partners Santé, INSEAD Business Angels, BADGE, plusieurs investisseurs privés, Bpifrance, Crédit Agricole des Savoie et CIC. Les deux fondatrices restent majoritaires au capital.
Remplacer certaines nuits d’hospitalisation par un séjour à l’hôtel
L’hébergement temporaire non médicalisé permet, sur prescription médicale, à un patient ne nécessitant pas de surveillance médicale nocturne de dormir dans un hôtel plutôt que de rester hospitalisé. Le dispositif peut notamment concerner la veille d’une intervention, la période suivant une chirurgie ou certains parcours de chimiothérapie.
OTEO cite un constat de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France selon lequel un lit d’hôpital sur trois serait occupé sans nécessité médicale de surveillance nocturne. La startup présente l’HTNM comme une réponse permettant de libérer des capacités hospitalières lorsque le domicile du patient est trop éloigné ou inadapté.
Depuis le décret de 2026, la nuitée est, selon les éléments communiqués par l’entreprise, remboursée par l’Assurance Maladie à hauteur de 73 euros sur le territoire et de 90 euros dans les grandes villes et la métropole du Grand Paris. OTEO affirme que ce coût peut être jusqu’à dix fois inférieur à celui d’une nuit d’hospitalisation.
Une plateforme pour gérer prescription, réservation et remboursement
La solution centralise plusieurs étapes du parcours : identification des patients potentiellement éligibles, réservation de l’hôtel, suivi administratif et accompagnement du remboursement.
Le médecin prescrit l’hébergement, la chambre est ensuite réservée via OTEO et le patient est informé de son séjour. Selon la startup, celui-ci n’a ni avance de frais ni démarche administrative à effectuer.
OTEO accompagne également les établissements en amont, avec des études de faisabilité, la recherche d’hôtels partenaires et des ateliers destinés à organiser le déploiement du dispositif.
La société indique travailler avec 15 établissements, avoir déjà géré 10 000 nuitées et disposer de partenariats hôteliers avec notamment Accor, B&B Hotels, Adagio et Louvre Hotels Group.
Six hôpitaux de l’AP-HP déjà équipés
OTEO affirme avoir remporté le premier marché public lancé par l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris sur ce dispositif.
Six hôpitaux parisiens seraient déjà équipés, avec une extension prévue jusqu’à 24 établissements d’ici 2028. La startup cite également ELSAN, Ramsay Santé et des établissements d’Outre-mer parmi les acteurs engagés dans son déploiement.
« Pendant des années, l'hôtel hospitalier s'est heurté à un mur : la complexité administrative. Trouver les hôtels. Prévenir les patients. Suivre les réservations sur des tableurs. Vérifier les remboursements. Chaque étape prenait des heures », explique Elsa Kiefer, cofondatrice et CTO d’OTEO.
La levée doit notamment financer l’interopérabilité avec les systèmes d’information hospitaliers et l’automatisation de l’identification des patients éligibles.
500 000 nuitées annuelles visées en 2030
OTEO prévoit également de renforcer ses équipes commerciales et opérationnelles afin d’accélérer son implantation dans les établissements publics et privés.
« Notre ambition est simple : faire de l'hôtel hospitalier une évidence. Pour le patient, qui dort mieux et se soigne mieux. Pour l'hôpital, qui retrouve des lits. Pour la collectivité, qui économise l'argent public », déclare Léa Jakubowicz, cofondatrice et CEO d’OTEO.
L’objectif affiché est d’atteindre 175 établissements et 500 000 nuitées par an en 2030, avant d’envisager une expansion en Europe. OTEO cite notamment la Suisse, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les pays scandinaves comme marchés où des modèles comparables existent déjà.
Pour Anne Gerset, Managing Partner de makesense seed II, le principal enjeu réside désormais dans la simplification du dispositif : « En levant ces verrous administratifs et opérationnels, OTEO apporte la brique technologique indispensable pour démocratiser cette pratique. »
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