À Bercy, la filière automobile française affiche une position unie pour défendre l’industrie européenne

Réunis ce mardi 2 décembre à Bercy, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, ont convié l’ensemble des représentants de la filière automobile pour définir une position commune avant la finalisation du paquet automobile européen. Objectif : porter une voix française claire en faveur d’une protection renforcée de l’industrie et d’un rééquilibrage face à la concurrence mondiale.

Un constat partagé par tous : l’industrie automobile européenne traverse une période critique, marquée à la fois par une demande insuffisante et par un choc concurrentiel « durable et profond », notamment face à des acteurs asiatiques bénéficiant de politiques publiques massivement subventionnées. Les équipementiers européens doivent ainsi composer avec jusqu’à 30 % d’écart de compétitivité sur certains segments.

Pourtant, les constructeurs européens ont consenti, ces dernières années, des investissements sans précédent pour réussir la transition vers l’électrique : amélioration des technologies, montée en capacité des usines de batteries, structuration d’une base industrielle dédiée. Le mois dernier, les ventes de véhicules 100 % électriques ont d’ailleurs battu un nouveau record, atteignant 26 % des parts de marché.

Vers une « préférence européenne » assumée

Dans ce contexte, la France et l’Europe ont déjà mis en place plusieurs dispositifs de soutien : droits de douane pour lutter contre la concurrence déloyale, bonus écologique recentré sur les véhicules produits selon des critères environnementaux et industriels exigeants, ou encore investissements massifs dans les gigafactories.

Les ministres appellent désormais à une approche européenne cohérente et protectrice, visant particulièrement les équipementiers, maillons essentiels de la souveraineté industrielle du continent. Ils plaident pour des règles du jeu équitables, sans fermeture du marché mais en intégrant une vraie exigence de production locale dans la révision du règlement européen sur les émissions de CO?.

La France demande que l’ambition industrielle sur le véhicule électrique soit alignée avec celle du thermique, dont près de 75 % de la valeur ajoutée est aujourd’hui produite en Europe. Cela implique que les composants stratégiques — batteries, moteurs électriques, électronique — soient majoritairement fabriqués sur le continent, selon une trajectoire pragmatique négociée avec la filière.

Défendre simultanément industrie et climat

Les ministres insistent : les objectifs environnementaux doivent aller de pair avec une stratégie industrielle solide. Ils se disent ouverts à des flexibilités sur la neutralité technologique et sur les jalons fixés pour 2035, à condition qu’elles s’accompagnent d’outils réglementaires et financiers incitant à produire en Europe.

Ils souhaitent également que les véhicules électriques fabriqués selon les critères européens bénéficient d’un traitement préférentiel dans les calculs réglementaires, afin de récompenser les constructeurs engagés dans l’industrie locale.

La France appelle par ailleurs à adapter la trajectoire de décarbonation des véhicules utilitaires légers, en proposant un lissage des objectifs sur cinq ans, et à accélérer les initiatives européennes pour faire émerger un petit véhicule électrique européen compétitif.

Autre priorité : soutenir rapidement la montée en cadence des usines de batteries européennes, avec des mécanismes incitant à utiliser des composants européens notamment les cathodes dans les futures générations de batteries.

Une mobilisation politique forte

Les trois ministres ont défendu une ligne commune, associant compétitivité, souveraineté et transition écologique.

Monique Barbut assure :

« La transition écologique est une véritable opportunité pour notre industrie à condition d’accompagner le secteur dans cette transition. Nous voulons une Europe qui décarbone, mais aussi une Europe qui innove et qui produit. Assumer une préférence européenne, c’est rendre la transition possible, acceptable et accessible. »

Roland Lescure rappelle l’enjeu social et stratégique :

« Protéger l’industrie automobile européenne, c’est préserver et créer des emplois, favoriser une production décarbonée et garantir notre souveraineté. Assumons le choix de l’Europe, soyons fiers de produire et d’acheter des voitures françaises et européennes. »

Sébastien Martin conclut sur l’urgence d’agir :

« L’Europe doit rester un continent qui produit. Si nous ne réagissons pas, elle ne fabriquera plus les véhicules qu’elle consomme. Le 10 décembre, la Commission européenne doit envoyer un signal clair : produire en Europe doit redevenir un avantage. »

À l’approche des arbitrages européens, la France affiche donc une position offensive, déterminée à concilier décarbonation, compétitivité et souveraineté industrielle.


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