L’agrément délivré à l’enseigne néerlandaise HEMA par la Commission nationale des titres-restaurant suscite une vive controverse au sein du secteur de la restauration. Selon le communiqué, cette décision permet désormais « aux 5 millions de salariés français bénéficiaires des titres-restaurant de les utiliser dans des magasins dont les seuls produits alimentaires en rayon sont des chips et des friandises », une évolution qui interroge sur la finalité même de ce dispositif.
Cette annonce a provoqué une réaction immédiate de la Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, qui dénonce une nouvelle dérive du système. L’analyse est également relayée par Service Compris, accélérateur de food-entrepreneurs et organisateur du salon Foodorama, qui alerte sur les conséquences économiques et symboliques de cette décision pour les restaurateurs.
Selon la déclaration de Romain Amblard, président et cofondateur de Service Compris, « c’est une dérive de plus du dispositif créé en 1967 pour aider à manger un repas sain pour les collaborateurs et bénéficier d’exonérations fiscales ». Il rappelle que depuis « l’ouverture à tout achat alimentaire en 2022 », les restaurateurs ont perdu « 6,5 points de parts de marché au profit de la grande distribution », représentant « un manque à gagner de plus de 600 millions d’euros ».
Au-delà de l’impact économique, cette évolution pose la question de l’usage des titres-restaurant. Selon Romain Amblard, « le titre-restaurant devrait retrouver son usage initial, dans un lieu de restauration, avec des produits sains et faits maison ». Il estime que cet avantage social n’a pas vocation à être utilisé « dans les fast-foods, dans les rayons de supermarchés, et encore moins dans les magasins de décoration ».
L’agrément accordé à HEMA est ainsi perçu comme un symbole d’un glissement progressif du dispositif vers des usages éloignés de sa vocation première. Selon la déclaration de Romain Amblard, si « l’État veut donner un coup de pouce au pouvoir d’achat des Français », cela ne doit pas se faire « au détriment du secteur de la restauration », déjà fragilisé par l’évolution des règles encadrant les titres-restaurant.
Pour les acteurs du secteur, cette décision relance le débat sur la nécessité de redéfinir clairement le périmètre d’utilisation des titres-restaurant afin de préserver à la fois leur objectif social et l’équilibre économique des métiers de la restauration.
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