La majorité des entreprises européennes poursuivent leurs démarches de reporting en matière de durabilité, même lorsqu’elles ne sont plus soumises à cette obligation réglementaire. C’est l’un des principaux enseignements de l’étude « Beyond Compliance: Sustainability Reporting After the Omnibus » publiée par osapiens, qui s’appuie sur l’analyse d’Andreas Rasche, professeur « Business in Society » à la Copenhagen Business School.
Selon l’étude, 90 % des entreprises exclues du champ d’application de la directive européenne CSRD après l’adoption du paquet de simplification Omnibus de l’Union européenne prévoient de maintenir, voire d’étendre, leurs activités de reporting de durabilité. Ces résultats suggèrent que, pour de nombreuses organisations, ces pratiques dépassent désormais le simple cadre réglementaire et s’inscrivent dans une démarche stratégique.
Le paquet Omnibus I de l’Union européenne a modifié le périmètre des entreprises soumises aux obligations de reporting prévues par différents cadres réglementaires, dont la directive CSRD. Si certaines organisations ne sont plus concernées directement par ces obligations, elles restent néanmoins exposées aux risques liés aux enjeux environnementaux et sociaux.
Dans ce contexte, le reporting de durabilité tend à être intégré aux mécanismes de pilotage des entreprises. Il contribue notamment à l’analyse des risques, à l’allocation des ressources financières et aux relations avec les investisseurs, les clients ou les partenaires.
L’étude met en évidence plusieurs tendances parmi les entreprises interrogées :
90 % des entreprises sorties du champ d’application de la CSRD envisagent de maintenir ou d’étendre leur reporting de durabilité.
86 % estiment être capables de produire des rapports conformes aux normes de la CSRD.
Près de 90 % prévoient d’augmenter leurs investissements dans les outils et l’automatisation du reporting au cours des douze prochains mois.
90 % déclarent que le reporting de durabilité est déjà partiellement ou totalement intégré aux processus de reporting financier.
Les données liées à la durabilité sont également utilisées dans plusieurs domaines stratégiques, notamment :
la planification opérationnelle et l’allocation des ressources (53 %) ;
l’innovation et la conception de processus (48 %) ;
la planification financière et les décisions d’investissement (38 %) ;
l’évaluation des risques dans la chaîne d’approvisionnement (38 %).
Parmi les bénéfices les plus fréquemment cités figurent une meilleure visibilité sur les risques climatiques, opérationnels et liés à la chaîne d’approvisionnement (49 %), une confiance accrue des investisseurs grâce à des informations vérifiables (44 %) et une meilleure articulation entre les décisions financières et les objectifs de durabilité (43 %).
Malgré cet engagement, l’étude souligne l’existence d’une tension structurelle. Si 90 % des entreprises concernées entendent poursuivre leurs activités de reporting, 85 % anticipent néanmoins une réduction des ressources internes consacrées à ces démarches à mesure que la pression réglementaire diminue.
Les principaux obstacles identifiés sont les contraintes budgétaires (43 %), la fragmentation des systèmes de données (40,7 %), la mauvaise intégration des technologies (31 %) et le manque de clarté dans la répartition des responsabilités (29,07 %).
L’étude qualifie cette situation de « paradoxe de la durabilité » : une reconnaissance croissante de la valeur stratégique du reporting, combinée à une diminution des ressources mobilisées. Dans ce contexte, l’automatisation et la centralisation des données apparaissent comme des solutions clés pour maintenir la qualité des informations produites, alors que les entreprises doivent composer avec plusieurs cadres de reporting volontaire, tels que le VSME, le CCF, le GRI ou l’ISSB.
« Les résultats indiquent une nette préférence pour la continuité du reporting parmi les grandes entreprises qui ont été exemptées dans le cadre du paquet Omnibus I. Cette évolution place le reporting volontaire et les stratégies allant au-delà de la conformité au cœur de l’agenda futur de la durabilité », explique Andreas Rasche.
De son côté, Alberto Zamora, cofondateur et co-PDG d’osapiens, souligne que la dynamique réglementaire a récemment changé : « Au cours des dernières années, la trajectoire réglementaire était largement unidirectionnelle : davantage d’exigences, davantage d’entreprises concernées. Le paquet Omnibus a changé cette dynamique. Cependant, nos données montrent que lorsque l’obligation disparaît, les entreprises ne font pas marche arrière. Elles ont compris que le reporting n’est plus seulement un exercice de conformité mais un élément central de leur gestion des risques, de l’allocation du capital et de leur croissance durable. »
Selon l’étude, le reporting de durabilité reste ainsi un outil central pour la gestion des risques, la crédibilité des entreprises et l’accès aux financements. Il est également de plus en plus utilisé pour répondre aux attentes des clients et des partenaires de la chaîne d’approvisionnement, devenant progressivement un facteur de compétitivité pour les organisations.
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