Prime d’activité : la Cour des comptes souligne son efficacité sur le pouvoir d’achat, mais s’interroge sur son impact sur l’emploi

Dans une enquête réalisée à la demande de la commission des finances du Sénat, la Cour des comptes dresse un bilan de la prime d’activité, créée en 2016 pour soutenir le pouvoir d’achat des travailleurs modestes et encourager l’exercice ou la reprise d’une activité professionnelle. Si le dispositif remplit pleinement son rôle de soutien aux revenus, son efficacité comme levier d’incitation à l’emploi apparaît en revanche limitée.

Cette évaluation s’inscrit dans le prolongement des travaux conduits par les juridictions financières sur les minima sociaux, notamment ceux consacrés au revenu de solidarité active (RSA) en 2022 et à l’allocation aux adultes handicapés (AAH) en 2019. Elle a été réalisée avec l’appui d’un comité d’accompagnement réunissant économistes, représentants des organisations syndicales et patronales ainsi que plusieurs administrations concernées.

Une prestation profondément transformée par la réforme de 2019

À l’image de nombreux pays de l’OCDE, la France a progressivement développé des dispositifs visant à encourager le retour ou le maintien dans l’emploi des personnes aux revenus modestes. Après la prime pour l’emploi, créée en 2001, puis le RSA activité en 2009, la loi du 17 août 2015 a instauré la prime d’activité, fusionnant les deux dispositifs précédents. Deux objectifs lui ont été assignés : inciter les travailleurs modestes, salariés ou indépendants, à exercer ou reprendre une activité, et soutenir leur pouvoir d’achat.

La réforme intervenue en 2019, dans le contexte de la crise des « gilets jaunes », a marqué un changement d’échelle du dispositif. Les dépenses consacrées à la prime d’activité sont ainsi passées de 5,6 milliards d’euros pour 3,2 millions de bénéficiaires en 2018 à 9,6 milliards d’euros pour 4,5 millions de bénéficiaires en 2019. Depuis, le coût du dispositif a continué de progresser, atteignant 10,6 milliards d’euros en 2024, sous l’effet conjugué de l’inflation et de la bonne tenue du marché du travail après la crise sanitaire.

La Cour estime que la prime d’activité apporte des améliorations importantes par rapport au RSA activité. Elle relève toutefois certaines incohérences, notamment dans le traitement des pensions alimentaires et de l’allocation de soutien familial, et recommande d’harmoniser les règles applicables à ces revenus. Elle suggère également de mettre fin à l’éligibilité des apprentis et des salariés en cumul emploi-retraite, estimant que, pour ces publics, la prestation joue davantage un rôle de complément de revenu qu’un véritable rôle d’incitation à l’emploi.

Un soutien efficace aux revenus des travailleurs modestes

Selon la Cour, l’objectif de soutien au pouvoir d’achat est clairement atteint. La prime d’activité bénéficie principalement aux ménages appartenant aux quatre premiers déciles de niveau de vie et son intensité est particulièrement élevée pour les personnes percevant une rémunération comprise entre 40 % et 60 % du salaire minimum.

L’évaluation montre également que la prestation a largement contribué à réduire les situations de pauvreté parmi les personnes travaillant à temps plein, quelle que soit leur situation familiale, y compris dans les familles monoparentales. Si une partie des bénéficiaires demeure sous le seuil de pauvreté, cela s’explique principalement par la persistance de situations de travail à temps partiel, qui ne permettent pas d’atteindre un niveau de revenu suffisant.

La Cour souligne néanmoins que le dispositif français se distingue par des « points de sortie » élevés : la prime d’activité continue d’être versée à des ménages dont les revenus dépassent le seuil de pauvreté, ce qui contribue à en augmenter le coût budgétaire.

Un impact sur l’emploi qui reste difficile à démontrer

L’autre objectif assigné à la prime d’activité, à savoir favoriser l’accès ou le retour à l’emploi, apparaît en revanche plus difficile à établir. Théoriquement, le dispositif crée dans la plupart des situations individuelles un gain financier lié à l’exercice d’une activité. Toutefois, certaines configurations demeurent défavorables, notamment pour les bénéficiaires de l’AAH, les familles nombreuses, en particulier monoparentales, ou encore les personnes travaillant avec de faibles quotités horaires.

Sur le plan empirique, les études mobilisées par la Cour ne mettent pas en évidence d’effet significatif sur les comportements d’emploi. Les travaux conduits par l’Institut des politiques publiques dans le cadre de cette évaluation concluent notamment que le renforcement du bonus individuel décidé en 2019 n’a pas entraîné d’évolution observable en matière d’activité professionnelle.

L’enquête menée par la Cour auprès des bénéficiaires met également en avant la complexité du calcul de la prestation. Une majorité des personnes interrogées indique ne pas chercher à anticiper le montant auquel elles pourraient prétendre, ou ne pas y parvenir. Près de 80 % des répondants déclarent ainsi que la prime d’activité n’entre pas en compte dans leurs décisions relatives à l’emploi.

Des recommandations pour renforcer le caractère incitatif du dispositif

Face à ces constats, la Cour des comptes formule plusieurs recommandations afin d’améliorer l’efficacité de la prime d’activité comme outil de retour à l’emploi. Elle préconise d’abord de mieux faire connaître les dispositifs de simulation existants, proposés notamment par la Caisse nationale des allocations familiales, les caisses de la Mutualité sociale agricole et le portail Mesdroitssociaux.gouv.fr, afin que les bénéficiaires puissent anticiper plus facilement le montant de leurs droits.

Elle recommande également de mettre fin au traitement dérogatoire de l’allocation aux adultes handicapés dans le calcul de la prime d’activité, afin de rétablir une incitation financière au travail pour les personnes cumulant les deux prestations.

Enfin, la Cour appelle à renforcer les incitations monétaires à l’activité dès le premier euro de revenu du travail, dans le but de rendre le dispositif plus lisible et plus efficace en matière d’accès à l’emploi.


0 COMMENTAIRE(S)

Aucun commentaire pour le moment

DÉCOUVREZ
NOS FORMULES

à partir de 3,00 € par mois

pour un accès intégral au site et à nos services

Cliquez ici pour créer votre compte

ACHETER
version PDF
4,00€ TTC
ACHETER
version PDF
20,00€ TTC
ACHETER
version PDF
20,00€ TTC
ACHETER
version PDF
20,00€ TTC
ACHETER
version PDF
20,00€ TTC
ACHETER
version PDF
20,00€ TTC
ACHETER
version PDF
20,00€ TTC
ACHETER
version PDF
20,00€ TTC



ACHETER
version PDF
Dernières infos en ligne

31.05.2026 | Ile de France

Mortalité routière, 3 515 décès en 2025 et un bilan qualifié de choc par le gouvernement


Lire
Réagir
31.05.2026 | Bon à savoir

Trafic de drogue, la douane française démantèle une route entre la Thaïlande, Marseille et Barcelone


Lire
Réagir
18.05.2026 | Bon à savoir

Harcèlement par conjoint, le retrait de l’autorité parentale peut être décidé sans demande de l’autre parent


Lire
Réagir
17.05.2026 | Ile de France

CPAM et dirigeant d’entreprise, une déclaration inexacte ne suffit pas toujours à prouver la fraude


Lire
Réagir
16.05.2026 | Bon à savoir

CPAM de la Gironde et capital décès des indépendants, le délai d’un mois ne ferme pas toujours la porte


Lire
Réagir
14.05.2026 | Paris (75)

Comuto Pro et Les Voyages Star et Capri Cars, le contrat de transport échappe au régime du contrat d’adhésion


Lire
Réagir
14.05.2026 | Ile de France

Apple, Ingram Micro et Tech Data, la distribution des produits Apple sanctionnée jusqu’en cassation


Lire
Réagir
14.05.2026 | Bon à savoir

CNAV et rachat de trimestres, le défaut d’information ne prolonge pas le délai de remboursement


Lire
Réagir
14.05.2026 | Ile de France

Isa, Mia et Manoushag, le contrat autour d’un joueur de football échappe à la qualification d’agent sportif


Lire
Réagir
14.05.2026 | Ile de France

CGH et W.R & S, un contrat de communication rompu avant son terme ne se paie pas automatiquement jusqu’au bout


Lire
Réagir
14.05.2026 | Bon à savoir

SMGPF et téléservice RECFishing, les moniteurs-guides de pêche renvoyés vers le Conseil d’État


Lire
Réagir
14.05.2026 | Ile de France

RATP et SIAAP, l'histoire de plus de cinq millions d’euros de redevances d’assainissement


Lire
Réagir
13.05.2026 | Bon à savoir

Jardel Services et URSSAF Midi-Pyrénées, la correction de cotisations ne bloque pas la mise en demeure


Lire
Réagir
13.05.2026 | Ile de France

Randstad, CFDT et CSE Sud Est, la sécurité des intérimaires revient dans le débat


Lire
Réagir
13.05.2026 | Bon à savoir

URSSAF Rhône-Alpes et VRP, une entreprise peut encore produire des pièces devant le juge


Lire
Réagir