La Cour des comptes a publié un rapport consacré à l’organisation des secours en montagne, à la suite d’une saisine de la commission des finances du Sénat. Cette enquête examine l’évolution des interventions, l’organisation des services, les moyens mobilisés ainsi que le coût global du dispositif. Elle formule plusieurs recommandations visant à améliorer son efficacité et son financement à l’horizon 2027-2028.
Le secours en montagne désigne toute opération réalisée en zone montagneuse nécessitant des compétences spécialisées, des techniques spécifiques et des équipements adaptés. Son organisation repose sur une circulaire ministérielle du 6 juin 2011, dite circulaire « Kihl », toujours en vigueur. La Cour rappelle qu’un précédent rapport publié en 2012 avait déjà identifié des difficultés liées à la concurrence entre services et à un manque de cohérence dans l’implantation des unités.
Le rapport souligne une augmentation significative de la fréquentation des espaces de montagne et de la pratique d’activités sportives, souvent plus diversifiées et parfois plus risquées. Cette évolution, combinée aux effets du dérèglement climatique, a contribué à une hausse de 44 % du nombre d’interventions depuis 2015. La Cour considère que le dispositif français reste globalement performant grâce à l’expertise des unités spécialisées et à leur capacité d’intervention rapide dans des zones difficiles d’accès. Elle relève toutefois des lacunes dans la fiabilité et l’exhaustivité des données collectées par le système national d’observation de la sécurité en montagne (SNOSM), en raison de pratiques statistiques hétérogènes. Elle recommande, dans ce contexte, un renforcement des actions de prévention et des campagnes de sensibilisation, notamment auprès des publics les moins informés.
L’organisation du secours en montagne repose sur plusieurs acteurs : les pelotons de gendarmerie de haute montagne, les unités de police spécialisées, les services départementaux d’incendie et de secours, les services d’aide médicale urgente ainsi que les moyens aériens de la gendarmerie et de la sécurité civile. Selon la Cour, cette pluralité d’intervenants crée un dispositif complexe, parfois marqué par des redondances de moyens et des tensions entre services. Le dispositif mobilise 1 093 agents spécialisés dans 19 départements, dont 752 secouristes, avec des niveaux d’activité variables selon les territoires. La Cour préconise une rationalisation de l’organisation, pouvant passer par une unification des unités spécialisées, une redéfinition des zones d’intervention ou une optimisation des moyens disponibles. Elle recommande également la mise en place d’indicateurs communs permettant d’évaluer l’efficacité et l’efficience du dispositif.
Le rapport insiste sur le rôle central des moyens aériens, nécessaires dans 80 à 90 % des interventions, représentant plus de 6 000 heures de vol par an. Si leur efficacité opérationnelle est reconnue, la Cour observe que la répartition géographique des flottes n’a pas évolué depuis 2011, malgré l’évolution des capacités techniques des appareils et la mobilisation croissante d’autres acteurs, notamment les hélicoptères médicalisés. Elle recommande une révision des implantations, une harmonisation des méthodes de calcul des coûts et l’établissement de critères encadrant le recours aux moyens aériens. Elle souligne également la nécessité d’harmoniser les formations des secouristes et de moderniser les systèmes d’information et de communication.
Sur le plan financier, la Cour estime le coût global du secours en montagne à près de 110 millions d’euros en 2024, dont 43 % liés aux moyens aériens. Rapporté aux 9 912 interventions recensées, le coût moyen par opération atteint au minimum 10 780 euros, soit une hausse de 55 % depuis 2012. Dans ce contexte, la Cour considère qu’une réflexion sur le principe de gratuité des secours pourrait être engagée. Elle évoque plusieurs scénarios de facturation partielle ou ciblée, inspirés de pratiques observées à l’étranger, qui nécessiteraient la mise en place de dispositifs tarifaires, d’assurances adaptées et de mécanismes de recouvrement. Elle recommande également une évolution réglementaire permettant de sanctionner plus efficacement les comportements à risque et les recours abusifs aux services de secours.
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