L’Académie d’agriculture de France a publié un rapport consacré au gaspillage alimentaire en France à l’occasion de la présentation de l’Agenda 2030 contre ce phénomène. Ce document constitue le premier volet d’une série dédiée aux « manques à produire et à consommer ». Il dresse un état des lieux du gaspillage alimentaire, analyse les actions déjà engagées par les acteurs publics et privés et formule plusieurs recommandations visant à améliorer l’efficacité des politiques de prévention.
Selon ce rapport, chaque Français consomme en moyenne environ 550 kilogrammes d’aliments par an, hors boissons, soit près de 36 millions de tonnes à l’échelle nationale. Le gaspillage alimentaire, correspondant aux parties comestibles jetées, atteint 3,8 millions de tonnes, soit 10,5 % des aliments consommés. L’ensemble des déchets alimentaires, incluant les parties non comestibles, représente 9,7 millions de tonnes sur toute la chaîne de production et de consommation.
Les pertes alimentaires interviennent à chaque étape du système, de la production jusqu’à la consommation finale. Rapporté à l’échelle individuelle, ce gaspillage correspond en moyenne à l’équivalent d’un quart de pomme par jour. À l’échelle nationale, ces volumes pourraient néanmoins permettre d’alimenter environ 7 millions de personnes. Le rapport souligne les conséquences économiques, environnementales, sanitaires et éthiques associées à ce phénomène.
Depuis 2016, plusieurs dispositifs législatifs ont été mis en place pour lutter contre le gaspillage alimentaire, notamment les lois Garot, Égalim et AGEC. Ces textes prévoient entre autres l’obligation de don des invendus, la mise en place de mesures de prévention dans la restauration collective et l’interdiction de détruire des denrées encore consommables. Leur mise en œuvre repose notamment sur l’action de l’Agence de la transition écologique, des collectivités territoriales, des associations de lutte contre la précarité alimentaire et des projets alimentaires territoriaux.
Le rapport souligne que les acteurs professionnels développent des outils de mesure du gaspillage et des solutions de valorisation des invendus, tandis que le tissu associatif joue un rôle important dans la redistribution alimentaire et la sensibilisation du public. Les auteurs notent toutefois que la recherche publique reste insuffisamment développée, en particulier sur les dimensions sociales du gaspillage et sur l’évaluation précise de ses impacts environnementaux.
Afin d’améliorer l’efficacité des politiques publiques, le rapport recommande de renforcer l’évaluation des initiatives locales pour identifier les actions les plus efficaces et favoriser leur diffusion. Parmi les pistes proposées figurent le développement de l’éducation à la prévention du gaspillage dès le plus jeune âge, la clarification des informations sur les dates de consommation pour éviter les erreurs d’interprétation, ainsi qu’un ciblage plus précis des politiques publiques vers les secteurs et populations les plus concernés.
Les auteurs préconisent également l’intégration d’une dimension éthique dans les campagnes de sensibilisation, le recours à des outils innovants tels que l’intelligence artificielle pour améliorer le suivi des actions, ainsi que le renforcement des travaux de recherche sur les impacts environnementaux.
Selon l’Académie d’agriculture de France, la réduction du gaspillage alimentaire constitue un levier important pour accompagner la transition vers une économie plus circulaire. Elle estime que l’efficacité des actions dépendra d’une meilleure connaissance des pratiques et d’une coordination accrue entre l’ensemble des acteurs concernés.
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