L’État a présenté, en février 2026, un point d’étape sur sa stratégie de décarbonation industrielle, visant à concilier transition écologique et compétitivité économique. Ce document revient sur les dispositifs engagés depuis plusieurs années pour accompagner la transformation des sites industriels français, notamment les plus émetteurs de gaz à effet de serre.
La décarbonation est présentée comme un enjeu à la fois environnemental et stratégique. Elle vise à réduire l’empreinte carbone du secteur industriel tout en renforçant la souveraineté économique et la compétitivité des entreprises françaises dans un contexte de hausse du prix du carbone et de concurrence internationale accrue. L’industrie représente aujourd’hui 17 % des émissions de CO? en France, soit 62,4 millions de tonnes en 2024.
Parmi les dispositifs phares, l’appel d’offres « Grands Projets Industriels de Décarbonation » (AO GPID), lancé en 2025, vise à soutenir les projets industriels majeurs permettant de réduire significativement les émissions de CO?. Ce programme, opéré par l’ADEME, finance des projets sur une durée de 15 ans, avec des subventions couvrant les surcoûts liés à la transition vers des technologies bas carbone.
La première édition a retenu sept projets, pour un montant global de 1,6 milliard d’euros d’aides publiques. Ces investissements devraient permettre d’éviter environ 3,8 millions de tonnes de CO? par an, soit une part significative des réductions nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques nationaux à l’horizon 2030.
Le dispositif repose notamment sur plusieurs leviers technologiques, parmi lesquels l’électrification des procédés industriels, l’amélioration de l’efficacité énergétique, la modification du mix énergétique ou encore la capture et le stockage du carbone.
Plusieurs projets emblématiques illustrent cette transformation. À Airvault, dans les Deux-Sèvres, la cimenterie Heidelberg Materials prévoit la mise en place d’unités de production d’argile calcinée, de recyclage de l’eau et de captage du CO?. Le projet vise une réduction annuelle estimée à 880 000 tonnes de CO?, tout en soutenant l’emploi local.
Dans la vallée de la Chimie, le site Syensqo de Saint-Fons prévoit quant à lui l’installation d’une chaudière électrique destinée à remplacer des équipements fonctionnant au gaz naturel. Cette évolution permettrait de réduire les émissions du site d’environ 80 %, tout en renforçant son positionnement industriel face à la concurrence internationale.
La stratégie de décarbonation s’appuie également sur une planification à l’échelle des territoires et des filières industrielles. Une cinquantaine de sites industriels concentrent à eux seuls plus de la moitié des émissions du secteur. L’État a engagé un travail de contractualisation avec ces sites afin de définir des trajectoires de réduction des émissions à horizon 2030 et 2050.
Parallèlement, des zones industrielles bas carbone sont développées afin de mutualiser les infrastructures nécessaires, notamment les réseaux électriques, les installations de production d’hydrogène ou les systèmes de transport et de stockage du CO?.
Selon les estimations, le besoin de financement public pour atteindre les objectifs de décarbonation industrielle est évalué à 22 milliards d’euros d’ici 2030. Plusieurs programmes nationaux et européens contribuent déjà à cet effort, notamment France Relance, France 2030 ou encore les fonds européens dédiés à l’innovation industrielle.
Depuis 2020, près de 1 500 projets industriels ont ainsi bénéficié de dispositifs de soutien, permettant de réduire les émissions du secteur de plus de 4 millions de tonnes de CO? par an.
Au-delà des grands sites industriels, plusieurs appels à projets ciblent également les entreprises de taille intermédiaire et les PME, afin d’accompagner la transition énergétique à l’ensemble du tissu industriel. Des programmes spécifiques soutiennent notamment l’efficacité énergétique, la biomasse, l’innovation technologique ou encore les petits projets d’investissement
Une nouvelle édition de l’appel d’offres GPID est prévue en 2026, confirmant la poursuite de la politique de soutien à la décarbonation industrielle engagée par l’État.
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