Habiter une grande maison en milieu rural est souvent perçu comme un choix plus respectueux de l’environnement qu’un logement urbain. Une étude récente menée par Jinka, basée sur l’analyse des annonces publiées sur sa plateforme au cours des deux derniers mois, nuance cette idée. L’entreprise a examiné l’empreinte carbone et la consommation d’énergie des habitations afin d’évaluer la dépense annuelle par habitant. Les résultats mettent en lumière d’importants écarts territoriaux.
Contrairement aux idées reçues, la capitale affiche une performance environnementale intermédiaire. Selon l’étude, Paris se situe aux 42? et 46? rangs des classements analysés, malgré un parc immobilier ancien et la présence de nombreuses passoires énergétiques. La forte densité urbaine et la surface moyenne plus réduite des logements limiteraient la consommation d’énergie par habitant.
Marc Lebel, directeur général de Jinka, observe : « Si la forte densité d’occupation de la capitale est un point noir pour ses habitants, c’est au moins un atout en matière d’écologie. » Il souligne également que la tension locative pourrait favoriser l’investissement dans la rénovation énergétique, les propriétaires pouvant amortir plus rapidement les travaux grâce à une demande soutenue. Il évoque notamment l’effet incitatif du dispositif Jeanbrun, qui permet de réduire le revenu imposable jusqu’à 12 000 euros par an sous conditions de travaux et d’engagement locatif.
L’évolution des usages contribue aussi à cette situation. Les cheminées des appartements haussmanniens, autrefois utilisées pour le chauffage, ont désormais essentiellement une fonction décorative, limitant leur impact sur la qualité de l’air.
L’étude montre que les départements les mieux classés en matière d’empreinte carbone par habitant se situent majoritairement dans le sud. Le Var arrive en tête avec 574 kg de CO? par an et par habitant, suivi de la Corse (602 kg) et de l’Aude (608 kg). Côté consommation énergétique, la Corse occupe la première place avec 4 739 kWh par an et par habitant, devant l’Hérault (4 860 kWh) et les Pyrénées-Orientales (5 201 kWh).
Le climat plus clément réduit la durée de chauffage à environ trois mois par an, contre six à sept mois dans le nord-est. Les logements y sont également plus récents et majoritairement équipés de chauffage électrique. Toutefois, Marc Lebel précise que ces territoires comprennent aussi de grandes maisons individuelles, dont l’empreinte est plus élevée, même si elles restent minoritaires dans le bilan global.
L’étude souligne néanmoins un facteur d’incertitude : la hausse des températures estivales pourrait accroître le recours à la climatisation, solution énergivore susceptible d’alourdir l’empreinte future de ces régions.
À l’inverse, plusieurs départements du centre apparaissent en difficulté. Le Cantal enregistre 2 314 kg de CO? par an et par habitant, tandis que la Creuse affiche une consommation moyenne de 16 616 kWh par an et par habitant. La Meuse, le Cantal et la Haute-Marne figurent également parmi les moins bien classés.
Ces territoires cumulent plusieurs caractéristiques : climat rigoureux, prédominance de maisons individuelles anciennes, isolation insuffisante et dépendance au fioul ou au bois pour le chauffage. Les coûts élevés de rénovation constituent un frein supplémentaire pour des ménages au pouvoir d’achat souvent limité. « Améliorer l’étiquette énergétique d’un bien relativement récent nécessite peu d’investissement, mais pour réhabiliter une passoire énergétique, c’est un tout autre budget », souligne Marc Lebel.
L’étude rappelle que le diagnostic de performance énergétique (DPE) ne suffit pas à lui seul à mesurer l’impact écologique d’un logement. La surface par occupant et la densité résidentielle jouent un rôle déterminant. Un appartement de taille modeste, même moyennement classé, peut générer moins d’émissions par habitant qu’une grande maison bien notée mais faiblement occupée.
Dans un contexte démographique stable, l’enjeu porterait moins sur la performance au mètre carré que sur la pollution par habitant. Marc Lebel estime que « construire des logements performants » doit s’accompagner d’une réflexion sur la taille et l’occupation des espaces, citant le coliving comme l’un des leviers susceptibles de réduire l’empreinte individuelle.
Les résultats de l’étude invitent ainsi à reconsidérer l’idée selon laquelle l’habitat rural serait systématiquement plus vertueux que la vie en ville, en soulignant l’importance des usages, de la densité et des modes de chauffage dans l’empreinte résidentielle globale.
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