À l’approche du Salon international de l’agriculture et des élections municipales, Terre de Liens publie un nouveau rapport sur l’état des terres agricoles en France. L’association y dénonce un modèle agro-industriel qui concentre les terres, oriente les politiques publiques et spécialise les régions au point de les rendre dépendantes pour leur propre alimentation.
Selon l’organisation, 70 % des fermes françaises sont aujourd’hui considérées comme intensives et commercialisent exclusivement en filière longue, principalement à destination du commerce national ou international.
Depuis les années 1960, la mise en concurrence à l’échelle internationale aurait accéléré la spécialisation et la mécanisation des exploitations. Résultat : une carte agricole fragmentée en zones mono-productrices. Grandes cultures dans le Bassin parisien et les Hauts-de-France, élevages porcins et avicoles dans l’Ouest, bovins lait et viande dans le Massif central.
Pour Terre de Liens, cette organisation fragilise la souveraineté alimentaire locale. La moitié des départements français disposeraient d’une capacité de transformation alimentaire insuffisante par rapport aux besoins de leur population, malgré un potentiel foncier suffisant pour nourrir leurs habitants.
L’exemple du « croissant laitier » – Bretagne, Normandie, Pays de la Loire – est mis en avant. La Mayenne, par exemple, produirait deux fois plus de produits laitiers que sa population n’en consomme, tout en manquant de production maraîchère.
L’association décrit une situation paradoxale : des campagnes fortement productives mais incapables de répondre à une alimentation diversifiée locale. Cette spécialisation aurait également un coût environnemental. Concentration des élevages et des cultures, usage accru d’intrants chimiques et de pesticides : un quart de la population vivrait dans une commune où les traitements phytosanitaires ont augmenté ces cinq dernières années, selon le rapport.
Au-delà de la question alimentaire, Terre de Liens pointe un impact sanitaire et écologique : pression sur les sols, pollution de l’eau, perte de biodiversité.
Dans ce contexte, l’association critique ce qu’elle qualifie de « local industriel ». Elle estime que la mise en avant de produits régionaux ne garantit pas une transition vers des pratiques agroécologiques.
Elle cite notamment l’exemple de la politique Breizh Alim’, destinée à favoriser l’approvisionnement local des cantines bretonnes. Si les produits sont bien issus de la région, ils restent majoritairement issus de filières conventionnelles intensives. « Le “local” sans changement des pratiques est un local hard discount », analyse Coline Sovran, chargée de plaidoyer à Terre de Liens.
L’association rappelle par ailleurs que, dans le système actuel, les agriculteurs percevraient en moyenne 6,80 euros pour 100 euros de dépenses alimentaires des ménages.
Autre point soulevé : le devenir des projets alimentaires territoriaux (PAT), créés en 2014 pour relocaliser et démocratiser les systèmes alimentaires. Si la Stratégie nationale alimentation, nutrition, climat vise une couverture de 80 % du territoire d’ici 2030, Terre de Liens estime que les moyens alloués restent insuffisants et que les orientations restent majoritairement productivistes.
L’association regrette l’absence de la société civile dans certaines concertations nationales, notamment lors des Assises de la souveraineté alimentaire organisées fin 2025.
Intitulé « Agriculture et alimentation : une faim de démocratie locale », le rapport défend l’idée que la transition alimentaire passe par une gouvernance territoriale renouvelée. À l’approche des municipales, Terre de Liens appelle les candidats et élus à s’engager pour une agriculture de proximité, diversifiée et orientée vers l’agroécologie.
Pour l’association, la question n’est plus seulement productive mais politique : comment redonner aux territoires la capacité de décider de leur modèle agricole et alimentaire ?
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