Face aux tensions persistantes qui traversent le monde agricole, l’Académie d’agriculture de France appelle à dépasser l’analyse strictement conjoncturelle des mobilisations et des difficultés actuelles. Dans un plaidoyer publié récemment, l’institution estime que la France est confrontée à des crises multiples — agricoles, alimentaires et environnementales — révélatrices de déséquilibres structurels plus profonds.
Depuis plusieurs mois, le secteur agricole connaît une succession de mouvements de contestation liés aux revenus, à la concurrence internationale, aux normes environnementales ou encore au renouvellement des générations. Pour l’Académie, ces tensions ne sauraient être réduites à des réponses ponctuelles ou à des ajustements réglementaires. Elles traduisent l’ampleur des transformations à conduire dans l’ensemble du système alimentaire, de la production à la consommation.
Dans son texte, l’Académie souligne que les défis actuels sont étroitement imbriqués : revenus agricoles, compétitivité, souveraineté alimentaire, transition écologique, accès à une alimentation durable et abordable. Autant de questions qui dépassent le seul monde agricole et concernent l’ensemble de la société.
L’institution insiste également sur la dimension environnementale de ces enjeux. Les systèmes agricoles sont au cœur des équilibres liés aux sols, à l’eau, à la biodiversité et au climat. Toute réforme doit donc articuler impératifs économiques, exigences écologiques et acceptabilité sociale.
Pour l’Académie, les réponses doivent s’inscrire dans le temps long, en combinant des mesures immédiates de soutien et une réflexion stratégique sur les trajectoires à suivre.
Face à ces constats, l’Académie d’agriculture de France plaide pour l’organisation d’un grand débat citoyen national, piloté par l’État, éclairé par les connaissances scientifiques et décliné au plus près des territoires. L’objectif serait de définir collectivement les orientations futures des systèmes agricoles et alimentaires.
Cette démarche viserait à clarifier les choix de société à opérer : niveau d’autonomie alimentaire souhaité, modalités de transition agroécologique, répartition de la valeur dans la chaîne alimentaire, attentes en matière de qualité et de prix des produits.
Selon l’Académie, seule une discussion ouverte et structurée permettra d’éviter que les tensions ne s’enkystent et que les décisions ne soient perçues comme imposées d’en haut.
Forte de ses quelque 600 membres — scientifiques, praticiens et spécialistes des domaines de l’agriculture, de l’alimentation et de l’environnement — l’Académie se dit prête à contribuer activement à cette réflexion collective. Elle entend mettre à disposition son expertise pour éclairer les arbitrages à venir.
À l’heure où les crises agricoles se doublent d’enjeux climatiques et géopolitiques majeurs, la question posée dépasse la seule gestion de l’urgence. Elle interroge le modèle alimentaire français et sa capacité à concilier performance économique, durabilité environnementale et justice sociale.
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