Alors que l’Union européenne multiplie les initiatives pour renforcer sa souveraineté numérique à travers le Tech Sovereignty Package et le Cloud and AI Development Act (CADA), la question des infrastructures reste largement sous-estimée. Pour Stéphane Hascoët, directeur général de Jiliti, la réussite de cette stratégie dépendra autant de la maîtrise des centres de données et des équipements que du développement des modèles d’intelligence artificielle eux-mêmes.
Avec le Tech Sovereignty Package et le Cloud and AI Development Act (CADA), la Commission européenne affiche son ambition de faire de l’Europe un acteur majeur du cloud et de l’intelligence artificielle. Ces annonces interviennent dans un contexte marqué par les investissements massifs annoncés lors de Choose France pour le développement d’infrastructures numériques et de centres de données.
Pour Stéphane Hascoët, directeur général de Jiliti, la question essentielle reste toutefois celle des infrastructures sur lesquelles les entreprises européennes construiront leurs activités numériques dans les années à venir.
Alors que la France compte plus de 1 100 start-up spécialisées dans l’intelligence artificielle et souhaite s’imposer comme un pôle européen du secteur, la souveraineté numérique ne peut, selon lui, se limiter aux algorithmes ou aux capacités de calcul. Elle repose également sur la capacité à construire, exploiter et maintenir des infrastructures performantes, durables et maîtrisées sur le territoire européen.
Le règlement CADA prévoit notamment de tripler les capacités des centres de données européens. Pour Stéphane Hascoët, l’enjeu dépasse la simple construction de nouveaux data centers. Il estime nécessaire de développer un écosystème complet capable d’assurer leur exploitation sur le long terme.
« La souveraineté commence là : dans la maîtrise des infrastructures et leur sécurité qui hébergent les données, les modèles et la propriété intellectuelle des entreprises européennes », souligne-t-il.
Selon lui, les start-up françaises et européennes doivent pouvoir accéder à des infrastructures robustes, compétitives et opérées localement afin d’héberger leurs données et leurs modèles dans un environnement souverain. Il considère également que l’écosystème de la French Tech doit s’appuyer sur des acteurs « reconnus, pérennes et souverains ».
La montée en puissance de l’intelligence artificielle pose également la question de son impact environnemental. Pour le dirigeant de Jiliti, l’Europe doit parvenir à concilier l’augmentation des capacités de calcul avec ses objectifs de transition écologique.
Il souligne que la fabrication des équipements informatiques représente déjà entre 70 % et 90 % de leur empreinte environnementale totale. Dans ce contexte, le renouvellement systématique des infrastructures ne constitue pas, selon lui, une réponse durable.
À l’inverse, prolonger la durée de vie d’un serveur de trois à cinq années supplémentaires permettrait de réduire jusqu’à 40 % son impact carbone sur l’ensemble de son cycle de vie.
Le refroidissement constitue également un levier important d’optimisation. Stéphane Hascoët met notamment en avant les technologies de refroidissement par eau, qui améliorent l’évacuation de la chaleur tout en permettant la réutilisation de celle-ci pour alimenter des équipements urbains ou industriels.
Pour lui, un centre de données performant doit être à la fois puissant, sécurisé, maintenu dans la durée et capable de limiter son impact environnemental.
« La souveraineté numérique européenne ne sera crédible que si elle s'appuie sur des infrastructures à la fois performantes, durables et maîtrisées localement. Elle devra être technologique, économique et environnementale », estime-t-il.
Au-delà des enjeux techniques, Stéphane Hascoët appelle les entreprises à se préparer dès maintenant aux évolutions réglementaires à venir.
Il considère que la localisation des données et le contrôle des infrastructures critiques deviennent des éléments centraux de la compétitivité des organisations, en particulier pour les acteurs de l’intelligence artificielle dont la propriété intellectuelle repose largement sur les données exploitées.
Les prochains dispositifs européens, notamment la certification EUCS, le futur label « EU Sovereign Cloud » ainsi que les exigences prévues par l’AI Act, devraient renforcer les attentes en matière de souveraineté, de traçabilité et de gouvernance des infrastructures numériques.
Pour le directeur général de Jiliti, les entreprises doivent dès aujourd’hui sécuriser leurs environnements critiques afin d’anticiper ces évolutions.
« Demain, la souveraineté numérique ne se jouera plus uniquement dans les technologies ou les modèles d'IA, mais dans la capacité à opérer, maintenir et sécuriser durablement les infrastructures qui les hébergent », conclut-il.
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