La France dispose d’atouts scientifiques solides dans la course mondiale à l’informatique quantique, mais elle devra rapidement renforcer ses investissements privés, préciser ses priorités industrielles et développer des alliances européennes si elle souhaite conserver sa place face aux États-Unis et à la Chine. C’est le principal enseignement d’un rapport de la Cour des comptes consacré au premier bilan de la stratégie nationale lancée en 2021.
Considérée comme une technologie de rupture, l’informatique quantique pourrait révolutionner des secteurs tels que les transports, la santé, la finance, la défense, la cryptographie ou encore la conception de nouveaux matériaux. Grâce aux qubits, les futurs ordinateurs quantiques seraient capables d’effectuer en quelques instants des calculs qui nécessiteraient aujourd’hui plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’années avec les ordinateurs classiques.
La stratégie nationale quantique a mobilisé 1,8 milliard d’euros entre 2021 et 2025, dont 1,5 milliard de fonds publics. L’informatique quantique concentre 86 % des crédits, avec 597 millions d’euros déjà engagés à la fin de l’année 2025. La Cour estime que ce dispositif a permis de structurer efficacement la filière française et de faire émerger un écosystème industriel prometteur.
Les premiers résultats sont jugés encourageants. La France dispose d’une recherche reconnue, d’entreprises innovantes, d’un tissu dynamique de start-up et d’une offre de formation renforcée. Le programme QuanTEdu-France compte désormais 37 masters, dont 13 entièrement consacrés aux technologies quantiques, accueillant près de 1 100 étudiants.
La Cour des comptes souligne toutefois plusieurs fragilités. Les entreprises françaises demeurent fortement dépendantes des financements publics, faute de capitaux privés suffisants pour accompagner leur passage à l’industrialisation. Elle rappelle qu’il n’existe actuellement qu’un seul fonds français de capital-risque spécialisé dans les technologies quantiques, alors que les besoins financiers augmentent fortement.
La compétition internationale s’intensifie. Les États-Unis et la Chine disposent de capacités d’investissement très supérieures à celles de l’Europe. Le marché mondial de l’informatique quantique, évalué à 1,1 milliard d’euros début 2025, pourrait atteindre entre 8,7 et 13 milliards d’euros d’ici 2035. Pourtant, parmi les onze entreprises d’informatique quantique cotées en Bourse dans le monde, aucune n’est européenne.
Le rapport rappelle également que le Président de la République a annoncé, en mai 2026, une nouvelle enveloppe d’un milliard d’euros destinée au développement des technologies quantiques à l’horizon 2030. La Cour estime néanmoins que cet effort devra impérativement attirer davantage de financements privés afin de produire un véritable effet de levier.
Pour préserver sa souveraineté technologique, la France devra également définir une stratégie européenne plus affirmée. La Cour recommande de construire, d’ici 2028, des partenariats industriels ciblés avec d’autres pays européens, en privilégiant des technologies complémentaires et un partage équilibré de la valeur. Elle appelle aussi à renforcer les formations en architecture quantique, en correction d’erreurs et dans les logiciels, domaines où la France accuse encore un léger retard.
Selon le rapport, l’émergence d’ordinateurs quantiques pleinement opérationnels est désormais envisagée entre 2030 et 2035. La maîtrise de cette technologie est présentée comme un enjeu majeur de souveraineté industrielle, scientifique et économique pour les prochaines décennies.
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