Interdit pour les usages agricoles en France depuis 2018, l’insecticide acétamipride est au cœur d’une proposition de loi déposée le 2 février 2026 par le sénateur de Haute-Loire Laurent Duplomb (Les Républicains). Le texte vise à réautoriser la substance pour certaines filières agricoles. Cette initiative suscite des réactions d’associations environnementales, d’agriculteurs et de citoyens.
Laurent Duplomb affirme qu’« aucune étude sérieuse n'a démontré que cette molécule était cancérigène » et soutient que des agences indépendantes auraient établi qu’elle n’était « ni dangereuse pour l’Homme ni dangereuse pour l'environnement ». Il déclare également : « On est en France en train d'interdire des molécules qui sont autorisées en Europe, avec des agences indépendantes qui ont démontré que cette molécule n'était ni dangereuse pour l'Homme ni dangereuse pour l'environnement ».
Les agences sanitaires ne concluent toutefois pas à l’innocuité de la substance. Si aucun lien de causalité n’est établi à ce jour entre l’acétamipride et le cancer, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a récemment abaissé la dose de référence aiguë pour l’être humain à 0,005 mg/kg de poids corporel, contre 0,025 mg/kg auparavant, en raison d’« incertitudes majeures » concernant ses effets neurodéveloppementaux. L’agence a indiqué le 13 février que des « incertitudes identifiées dans le jeu de données incomplet relatif à l’évaluation du potentiel DNT [neurotoxicité développementale] de l’acétamipride » subsistaient et a souligné la nécessité d’obtenir davantage de données pour permettre « une évaluation appropriée des dangers et risques ».
L’acétamipride appartient à la famille des néonicotinoïdes, des insecticides systémiques qui se diffusent dans l’ensemble de la plante et agissent sur le système nerveux des ravageurs. Des études scientifiques documentent des effets sur les insectes, les organismes aquatiques et certains mammifères. En 2022, dans le cadre d’une autorisation de mise sur le marché d’un produit anti-termites, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) évoquait la « forte toxicité de l’acétamipride pour les organismes aquatiques et terrestres ». Interrogée, l’Anses a précisé ne pas disposer de données récentes d’évaluations d’efficacité et de risques pour des usages agricoles, n’ayant pas traité de demande d’autorisation depuis l’interdiction française.
La substance reste autorisée au niveau européen dans le cadre du règlement CE n°1107/2009 et est approuvée jusqu’en 2033. Un précédent texte porté par Laurent Duplomb avait été partiellement censuré par le Conseil constitutionnel en août 2025, au motif d’un encadrement jugé insuffisant au regard du droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.
Concernant les résidus dans le miel, l’Efsa a proposé de relever la limite maximale à 1 mg/kg, estimant que ce niveau ne présenterait pas de risque pour les consommateurs. Toutefois, ce seuil n’a pas été adopté à ce stade, plusieurs États membres s’y étant opposés en invoquant le caractère neurotoxique de la substance.
Des chercheurs rappellent que le fait qu’une molécule soit considérée comme « moins toxique » que d’autres néonicotinoïdes ne signifie pas qu’elle soit dépourvue de toxicité. Comme l’a indiqué une spécialiste interrogée le 11 février : « L’acétamipride est un insecticide, il est donc destiné à tuer des insectes ».
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