Selon une information de l’AFP, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut pourrait quitter le gouvernement si le projet de loi d’urgence agricole, qui prévoit notamment la réintroduction partielle de certains pesticides interdits, est définitivement adopté. Cette menace de démission met en lumière le parcours singulier d’une ministre reconnue pour son expertise environnementale, mais dont le poids politique est resté limité depuis son arrivée au gouvernement.
À 69 ans, Monique Barbut ne correspond pas au profil classique d’une figure politique. Ancienne dirigeante d’organisations internationales et spécialiste reconnue des questions environnementales, elle est arrivée au gouvernement avec une solide expérience technique, mais sans véritable ancrage partisan ni relais au Parlement. Ce manque de soutien politique apparaît aujourd’hui comme l’une des principales faiblesses de son action.
Ces derniers jours, la ministre s’est opposée frontalement au projet de loi agricole, estimant que le retour de certains pesticides constituait une ligne rouge. Malgré ses réserves, un arbitrage gouvernemental a maintenu la disposition dans le texte, adopté par l’Assemblée nationale. Reçue à Matignon par le Premier ministre Sébastien Lecornu, elle est ressortie sans faire la moindre déclaration, alimentant les interrogations sur son avenir au sein du gouvernement.
Ce n’est pas la première fois que Monique Barbut utilise la menace de la démission pour défendre ses positions. Dès janvier, elle avait obtenu gain de cause face à la ministre des Outre-mer sur un dossier lié aux hydrocarbures. Quelques mois plus tard, elle s’était également opposée aux réductions budgétaires touchant son ministère, obtenant le maintien d’une partie des crédits qu’elle jugeait indispensables pour financer l’adaptation au changement climatique et le Fonds vert.
Son parcours témoigne d’une carrière largement consacrée à l’environnement. Avant son entrée au gouvernement, elle a dirigé le Fonds pour l’environnement mondial, occupé les fonctions de secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, présidé WWF France et exercé comme envoyée spéciale d’Emmanuel Macron pour la biodiversité.
Mais cette expertise n’a pas suffi à lui permettre d’imposer son autorité politique. Ses rares prises de parole publiques ont parfois suscité la polémique, notamment lorsqu’elle a présenté un scénario de Météo-France comme une prévision ou lorsqu’elle a évoqué la climatisation en pleine vague de chaleur. Plus délicat encore, plusieurs divergences avec son ministre délégué, Mathieu Lefèvre, ont été rendues publiques, que ce soit sur la politique budgétaire ou sur la gestion des forêts.
Malgré ces difficultés, plusieurs acteurs du monde associatif saluent son engagement. Ils lui attribuent un rôle déterminant dans le renforcement de la protection de certaines espèces menacées et reconnaissent sa capacité à faire avancer des dossiers sensibles, souvent loin des projecteurs.
Reste que, dans un gouvernement où la communication et les équilibres politiques jouent un rôle essentiel, Monique Barbut apparaît davantage comme une technicienne que comme une responsable politique. Son expertise est rarement contestée, mais son isolement, l’absence de relais parlementaires et sa faible visibilité publique pourraient avoir pesé davantage que ses compétences dans les tensions qui entourent aujourd’hui son maintien au gouvernement.
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