Une étude médico-économique consacrée à l’accès à la kinésithérapie conclut qu’une prise en charge plus précoce et plus large des patients pourrait générer jusqu’à 14 milliards d’euros d’économies pour la société, dont 6,5 milliards pour l’Assurance maladie. Elle met également en évidence l’ampleur du non-recours à ces soins et ses conséquences sur la santé des patients et les finances publiques.
Selon cette étude menée par un économiste spécialisé dans les domaines de la santé et de la protection sociale, près de 47 % des patients qui pourraient bénéficier d’une prise en charge en kinésithérapie n’y accèdent pas aujourd’hui.
Les taux de non-recours sont particulièrement élevés parmi les populations les plus vulnérables. Ils atteignent jusqu’à 70 % chez les personnes âgées présentant un risque de chute et jusqu’à 90 % pour certaines pathologies respiratoires.
L’étude identifie plusieurs facteurs expliquant cette situation, notamment l’organisation actuelle du système de soins. L’obligation d’un passage préalable par un médecin avant l’accès à un kinésithérapeute allonge les délais de prise en charge, peut décourager certains patients et contribue à maintenir des inégalités d’accès aux soins. Elle souligne également qu’une partie des politiques publiques continue de considérer la kinésithérapie essentiellement comme une dépense plutôt que comme un investissement de santé.
L’étude met en avant les effets du non-recours à la kinésithérapie : aggravation des pathologies, retards de traitement, hospitalisations qui auraient pu être évitées, prolongation des arrêts de travail et augmentation des dépenses de santé.
À l’inverse, une prise en charge plus précoce permettrait de réduire ces complications et de générer d’importantes économies. Les gains potentiels sont estimés à 14 milliards d’euros pour la collectivité, dont 6,5 milliards pour l’Assurance maladie, tout en améliorant la qualité de vie des patients concernés.
Les auteurs estiment ainsi que le maintien du modèle actuel n’est plus adapté aux besoins croissants de la population et aux enjeux de soutenabilité du système de santé.
L’étude rappelle que les masseurs-kinésithérapeutes disposent d’une formation de cinq années sanctionnée par un grade de master et de compétences reconnues en matière d’évaluation et d’orientation des patients.
Si l’accès direct à un kinésithérapeute sans prescription médicale existe déjà en France dans certaines situations limitées, le dispositif demeure selon l’étude peu lisible et largement méconnu du grand public.
Ses auteurs considèrent que son extension constituerait un levier important pour améliorer l’accès aux soins, fluidifier les parcours des patients et réduire les pertes de chance liées aux délais de prise en charge. Ils soulignent que ce type d’organisation est déjà largement déployé dans plusieurs pays étrangers.
Pour Pascale Mathieu, présidente du Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes, les résultats de l’étude apportent une démonstration chiffrée des bénéfices d’un accès facilité à la profession.
« La kinésithérapie est un levier majeur de santé publique. Nous savons depuis des années que le non-recours a des conséquences lourdes : aggravation des pathologies, pertes de chance pour les patients et coûts évitables pour le système. Aujourd’hui, une étude vient enfin le démontrer et le chiffrer », indique-t-elle.
Elle appelle les pouvoirs publics à faire évoluer le cadre actuel. « Nous ne pouvons plus attendre. Les pouvoirs publics doivent désormais s’emparer pleinement de ce sujet. Généraliser l’accès direct, c’est faire un choix clair : permettre aux patients d’être pris en charge plus tôt, éviter les complications et répondre concrètement aux tensions du système de santé. C’est une décision de responsabilité », ajoute Pascale Mathieu.
L’étude estime qu’une généralisation de l’accès direct contribuerait à la fois à améliorer la prise en charge des patients et à contenir la dépense publique en intégrant les économies générées par une intervention plus précoce des professionnels de la kinésithérapie.
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