Supply Chain : aux RISC 2026, les dirigeants placent l’humain au cœur de la transformation

©France Supply Chain

Réunis à Paris lors des Rencontres Internationales de la Supply Chain (RISC), 200 décideurs issus de 125 entreprises ont débattu des défis qui redessinent les métiers de la logistique et des opérations. Face à l’essor de l’intelligence artificielle, aux crises successives et aux nouvelles attentes des collaborateurs, les participants ont défendu une conviction commune : la performance de la Supply Chain de demain reposera autant sur les femmes et les hommes que sur la technologie.

Organisée par France Supply Chain by Aslog au Metropolitan de Châteauform’ (Paris 17e), la quatrième édition des RISC a réuni des dirigeants des secteurs de l’industrie, du luxe, de la santé, de la logistique et des technologies. Placée sous le thème de l’humain, cette édition 2026 a mis en avant les enjeux de leadership, de résilience et d’engagement des talents dans un environnement économique et technologique en profonde mutation.

Une Supply Chain confrontée à une transformation profonde

Dans un contexte marqué par l’accélération de l’intelligence artificielle générative et agentique, les tensions géopolitiques et des exigences clients toujours plus élevées, les intervenants ont souligné que la technologie ne pouvait constituer à elle seule une réponse aux défis actuels.

Sous la présidence de Stéphane Navarra et la coprésidence de Yann de Feraudy, les RISC 2026 ont adopté un format plus restreint et accessible uniquement sur invitation afin de favoriser les échanges entre dirigeants.

« Cette édition des RISC a été pensée comme un temps de respiration et de réflexion collective. Dans un monde où la technologie accélère tout, nous avons voulu remettre l’humain au centre : les femmes et les hommes qui prennent des décisions, gèrent les crises, innovent et font avancer la Supply Chain au quotidien », a expliqué Stéphane Navarra, président de France Supply Chain by Aslog.

« La Supply Chain traverse une transformation profonde. Les enjeux technologiques sont majeurs, mais notre capacité à collaborer, à transmettre, à embarquer les équipes et à développer les compétences humaines sera déterminante pour construire des organisations plus résilientes et performantes », a ajouté Yann de Feraudy.

Le congrès a également rendu hommage à Jean-Michel Guarneri, figure de France Supply Chain by Aslog disparue neuf mois auparavant. L’association a annoncé la création d’un prix portant son nom, destiné à récompenser une initiative innovante en matière d’économie circulaire.

Leadership et gestion de crise au premier plan

Les débats ont largement porté sur les compétences humaines jugées essentielles pour piloter des organisations confrontées à une multiplication des crises et à une complexité croissante. Gestion du stress, prise de décision rapide, intelligence émotionnelle, résolution des conflits et management interculturel figurent désormais parmi les aptitudes les plus recherchées.

Tatiana Brillant, négociatrice du RAID pendant treize ans, a partagé son expérience de la gestion de situations critiques : « En crise, il faut identifier précisément qui fait quoi et comment, quels sont les gens qui vont avoir les capacités techniques à vous appuyer dans votre prise de décision. Il ne faut jamais s’isoler évidemment et puis, assumer la décision qui sera prise. Et ça on ne peut le faire que lorsque l’on a une très grande confiance dans les équipes et un collectif particulièrement fort. C’est ce collectif qui va vous amener à prendre la décision finalement. »

Les intervenants ont insisté sur l’importance de la communication, de l’écoute et de la capacité à fédérer des équipes diverses dans un environnement où l’incertitude devient permanente.

L’intelligence artificielle au service des collaborateurs

La question de « l’humain augmenté » a constitué l’un des temps forts du congrès. Les participants ont débattu du rôle de l’automatisation, de l’intelligence artificielle, de la robotisation et de la digitalisation dans les métiers de la Supply Chain.

Pierre Chaffardon (Generix), Christophe Vandrome (Kuehne+Nagel), Christophe Plouseau (Louis Vuitton Malletier) et Vanessa Clémendot (Sanofi) ont notamment souligné que la technologie devait être considérée comme un outil d’aide à la décision et d’amélioration de la performance collective, plutôt que comme un substitut à l’expertise humaine.

Les échanges ont fait émerger plusieurs constats : l’IA transforme les métiers vers davantage d’analyse et de pilotage de la donnée, l’acceptation culturelle demeure un facteur déterminant dans le déploiement des innovations, et l’empathie reste essentielle dans les métiers de service et de terrain.

« Comment peut-on rendre nos gens hyper performants [via la tech] ? Ce n’est pas pour répondre à un client lors d’une pénurie de produit, ça je n’y crois pas. Dans la relation que l’on a dans nos entrepôts on aura toujours besoin de cette empathie et pas d’avoir uniquement quelque chose de processé et factuel. On n’a pas de modèle à déployer à chaque fois. Avec l’humain on apporte le meilleur des services », a témoigné Christophe Vandrome, Managing Director Contract Logistics France chez Kuehne+Nagel.

Attirer et fidéliser les talents, un défi stratégique

Les nouvelles attentes des jeunes générations ont également été au cœur des discussions. Le LAB Jeunes de France Supply Chain, représenté notamment par Rodrigue Branchet Fauvet de Renault, a présenté une enquête menée auprès d’étudiants de niveau Master spécialisés en Supply Chain et logistique.

Les résultats mettent en avant des attentes fortes en matière de sens au travail, d’équilibre entre performance et bien-être, de qualité du management et de cohérence des engagements sociétaux des entreprises.

Aux côtés de Sophie Rocquemont, directrice des ressources humaines de la Communauté Industrielle et Supply Chain d’Alstom, de Xavier Guichard, président de Manutan Group, et de Yasmine Iamarene, directrice générale de Colis Privé, les intervenants ont souligné l’importance de renforcer l’attractivité des métiers, de développer les compétences comportementales, d’accompagner la diversité des profils et de favoriser la transmission intergénérationnelle.

« Nous souhaitons mieux équiper nos directeurs Supply Chain de site dans leurs phases de recrutement. C’est capital en termes de performance et de diversité, donc il faut savoir être exigeant malgré l’urgence parfois, et savoir s’entourer au mieux. Parce que chez Alstom nous n’avons pas moins de 10 métiers différents et ils ne peuvent pas maîtriser tous ces métiers. Ils ont besoin de pouvoir se reposer sur leur première ligne. Donc les équiper au mieux pour se staffer, c’est capital », a indiqué Sophie Rocquemont.

Cinq enseignements pour la Supply Chain de demain

Les échanges ont débouché sur cinq enseignements majeurs : la réaffirmation de l’humain comme priorité stratégique, une vision pragmatique de l’intelligence artificielle et de l’automatisation, un management confronté à une complexité croissante, la nécessité de fédérer autour d’un projet commun et la construction d’une Supply Chain à la fois technologique et profondément humaine.

Avec 200 participants, 125 entreprises représentées et une journée entière consacrée aux conférences et tables rondes, cette quatrième édition des RISC confirme la volonté des acteurs du secteur de placer les enjeux humains au même niveau que les transformations technologiques pour construire des organisations plus résilientes, collaboratives et durables.


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