Malgré des exportations qui atteignent un niveau historique, la balance commerciale française demeure déficitaire. Au troisième trimestre 2026, le déficit s'établit à 19,9 milliards d'euros, pénalisé par des importations plus dynamiques que les ventes à l'étranger. Entre concurrence asiatique, tensions douanières américaines et premiers effets de l'accord avec le Mercosur, les dernières statistiques des Douanes françaises révèlent les forces et les fragilités du commerce extérieur national.
La France exporte davantage, mais elle importe encore plus. C'est le paradoxe qui ressort des dernières données publiées par le Département des statistiques et des études du commerce extérieur. Au troisième trimestre 2026, les exportations françaises ont progressé de 1,1 % pour atteindre 164,4 milliards d'euros, établissant un nouveau record historique. Dans le même temps, les importations ont augmenté de 1,3 %, à 184,4 milliards d'euros.
Résultat, le déficit commercial s'est aggravé de 700 millions d'euros par rapport au trimestre précédent, pour atteindre 19,9 milliards d'euros. Sur les douze derniers mois arrêtés à septembre, le déséquilibre cumulé représente 64,4 milliards d'euros.
Le seul mois de septembre illustre cette fragilité. Les importations ont bondi de 2,4 milliards d'euros, contre une progression de seulement 1 milliard pour les exportations. Le déficit mensuel s'est ainsi creusé à 7,3 milliards d'euros, principalement sous l'effet du renchérissement des approvisionnements énergétiques et de la hausse des achats de matériels informatiques.
L'intelligence artificielle renchérit les importations
L'une des particularités de ce trimestre réside dans la progression des échanges de produits électroniques et informatiques. L'essor mondial de l'intelligence artificielle stimule la demande de composants, notamment de mémoires informatiques, entraînant une augmentation de leurs prix.
Les importations françaises de produits informatiques, électroniques et optiques ont ainsi progressé de 6,5 % sur un trimestre. Cette évolution contribue à dégrader la balance commerciale dans un secteur où les achats à l'étranger demeurent largement supérieurs aux ventes.
L'automobile accuse également un recul de son solde commercial, de 900 millions d'euros, tandis que l'aéronautique enregistre une détérioration de 600 millions d'euros.
À l'inverse, l'énergie offre une amélioration bienvenue. Le déficit énergétique s'est réduit de 1,5 milliard d'euros, notamment grâce aux exportations d'électricité, qui ont bondi de 76,5 % sur le trimestre.
Les parfums, les cosmétiques, l'habillement et la maroquinerie figurent également parmi les secteurs les plus dynamiques. En revanche, les exportations automobiles reculent et les ventes de produits pharmaceutiques diminuent de 4,2 %.
La Chine accentue le déséquilibre commercial
Sur le plan géographique, les échanges avec l'Union européenne connaissent une évolution favorable, soutenue notamment par les ventes d'électricité.
La situation est plus préoccupante avec l'Asie, où le déficit commercial français continue de se creuser. La Chine représente près des deux tiers de cette détérioration, principalement en raison de la progression des importations de biens électroniques, informatiques et automobiles.
Cette dépendance aux approvisionnements asiatiques contraste avec les performances de plusieurs industries exportatrices françaises.
Les Douanes relèvent par ailleurs que la France a perdu des parts de marché mondiales au troisième trimestre, ses exportations n'ayant pas progressé aussi rapidement que la demande internationale.
États-Unis, les exportations françaises résistent aux barrières douanières
Malgré le durcissement de la politique commerciale américaine depuis 2025, les ventes françaises vers les États-Unis ont retrouvé une dynamique positive.
Au troisième trimestre 2026, elles ont progressé de 5 % par rapport à la même période de 2025. L'aéronautique demeure l'un des principaux moteurs de cette résistance, avec une hausse de 7 % des exportations.
Les boissons enregistrent une progression spectaculaire de 34 %, tandis que les parfums et cosmétiques gagnent 28 %. Ces performances doivent toutefois être relativisées, les ventes de ces produits ayant fortement reculé un an auparavant.
À l'inverse, les produits pharmaceutiques subissent une contraction de 30 % et les produits chimiques de base reculent de 31 %.
La France avait initialement mieux résisté aux nouveaux droits de douane que plusieurs de ses partenaires européens, notamment grâce à la structure de ses exportations. Toutefois, au troisième trimestre 2026, les ventes de l'Union européenne hors Irlande vers les États-Unis progressent de 16 %, contre 5 % pour la France.
Les importations françaises en provenance des États-Unis augmentent également de 12 % sur un an, principalement sous l'effet des achats de gaz naturel liquéfié et de produits pétroliers raffinés. Selon les Douanes, cette évolution ne semble pas directement imputable aux réductions tarifaires entrées en application en juillet 2026.
Mercosur, des effets encore modestes sur les échanges
Autre évolution importante du commerce international, l'application provisoire, depuis le 1er mai 2026, de l'accord commercial intérimaire entre l'Union européenne et les pays du Mercosur.
Cet ensemble sud-américain représente un partenaire commercial significatif pour la France, particulièrement à travers le Brésil, qui concentrait en 2025 près de 79 % des exportations françaises vers la zone et 86 % de ses importations.
Entre mai et septembre 2026, les exportations françaises vers le Mercosur ont augmenté de 8 %, pour atteindre 2,1 milliards d'euros. Cette progression repose principalement sur l'aéronautique, dont les livraisons sont irrégulières et ne peuvent être directement attribuées à l'accord.
Le secteur automobile, pourtant parmi les premiers bénéficiaires des réductions douanières, affiche des résultats décevants. Les exportations de véhicules et moteurs reculent de 27 %, tandis que celles des équipements automobiles diminuent de 12 %.
Les importations françaises en provenance du Mercosur progressent également, portées notamment par les produits agroalimentaires et énergétiques.
Les tourteaux de soja, principalement brésiliens, représentent à eux seuls près de 377 millions d'euros d'importations entre mai et septembre, en hausse de 32 %. Ils bénéficiaient cependant déjà d'une franchise douanière avant l'entrée en application de l'accord.
Quant aux importations françaises de viande, elles demeurent relativement limitées sur cette période, avec 11 millions d'euros pour le bœuf et 3,7 millions pour le poulet.
À l'échelle européenne, la situation est différente. Les importations de viande en provenance du Mercosur ont augmenté de 32 % entre mai et août 2026, atteignant 1 milliard d'euros.
Les statistiques disponibles ne permettent donc pas encore d'attribuer de manière certaine les variations commerciales aux nouvelles dispositions douanières. Les premiers effets apparaissent limités et plusieurs évolutions résultent davantage de facteurs économiques ou énergétiques.
Une compétitivité française toujours sous pression
Ces résultats dessinent une économie française capable de maintenir des positions solides dans l'aéronautique, le luxe, la cosmétique et certains secteurs technologiques, mais confrontée à une dépendance persistante aux importations de matériels industriels, de composants électroniques et d'énergie.
La diversification des fournisseurs d'hydrocarbures témoigne également des réorganisations commerciales provoquées par les tensions internationales. Certains partenaires traditionnels, comme l'Algérie, le Kazakhstan ou l'Arabie saoudite, ont reculé, tandis que le Brésil, l'Irak, les Émirats arabes unis et le Congo-Brazzaville ont renforcé leur place dans les approvisionnements français.
Si les exportations battent des records, cette performance ne suffit donc pas à rétablir l'équilibre des échanges. La question de la compétitivité industrielle et de la capacité à répondre à une demande mondiale en expansion demeure déterminante.
Le commerce extérieur français termine ainsi le troisième trimestre 2026 sur un constat contrasté, celui d'une puissance exportatrice qui continue de vendre davantage à l'étranger, mais dont les achats progressent encore plus rapidement.
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