Le gouvernement a présenté à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, un plan national de résilience consacré aux terres rares et aux aimants permanents. Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, ont détaillé cette stratégie sur le site de Carester.
Ce plan vise à réduire la dépendance française et européenne aux approvisionnements étrangers en terres rares, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et la montée des besoins liés à l’électromobilité et aux énergies renouvelables. Le gouvernement entend agir sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’approvisionnement à la production d’aimants permanents.
Les terres rares et les aimants permanents sont utilisés dans de nombreux équipements industriels et technologiques, notamment les véhicules électriques, les éoliennes, les smartphones ou certains équipements médicaux.
Le gouvernement rappelle que plus de 85 % des capacités mondiales de séparation des terres rares sont aujourd’hui concentrées dans un seul pays, exposant l’Europe à des risques de tensions géopolitiques, de restrictions d’exportation ou de ruptures d’approvisionnement.
Dans le même temps, la demande européenne en aimants permanents pourrait atteindre jusqu’à 45 000 tonnes d’ici 2030, portée par le développement des énergies renouvelables et de l’électromobilité.
Face à cette situation, la France indique vouloir structurer une stratégie industrielle articulée autour de trois priorités : sécuriser les approvisionnements, reconstruire une chaîne de valeur industrielle en France et en Europe, et garantir des débouchés pérennes à la filière.
Le gouvernement a détaillé neuf nouvelles mesures destinées à soutenir cette stratégie industrielle.
Parmi elles figurent l’assouplissement de la garantie des projets stratégiques pour les projets d’extraction de terres rares, ainsi que l’ouverture de discussions avec les traders de matières premières afin de sécuriser les approvisionnements en minéraux critiques.
Le crédit d’impôt industrie verte (C3IV) sera prolongé jusqu’en 2028 et élargi aux projets liés aux terres rares, y compris dans le secteur automobile. L’appel à projets « métaux critiques » du plan France 2030 sera également prolongé afin de soutenir une dizaine de nouveaux projets industriels d’ici 2027.
Le gouvernement annonce aussi la mobilisation du fonds InfraVia, soutenu par l’État, qui a déjà investi dans Core Lithium en Australie et dans Carester à Lacq.
Concernant les débouchés industriels, la France souhaite limiter la dépendance à un fournisseur dominant dans l’éolien offshore en imposant que moins de 50 % des aimants permanents proviennent du principal pays producteur mondial.
Paris demande également que l’origine géographique des aimants permanents soit intégrée dans la définition des moteurs électriques considérés comme « Made in Europe » dans le cadre des textes européens Industrial Accelerator Act et REsourceEU.
Le plan prévoit aussi un soutien à l’innovation afin de développer des alternatives aux terres rares, notamment dans l’automobile, via les futurs appels à projets CORAM.
Enfin, l’État exigera des grandes entreprises automobiles souhaitant bénéficier des appels à projets France 2030 la transmission de plans de diversification de leurs approvisionnements en terres rares et aimants permanents.
La France ambitionne d’ici 2030 de couvrir 10 % de la demande mondiale de terres rares lourdes, soit plus de 100 % des besoins français, ainsi que 25 % des besoins européens en terres rares légères.
Le gouvernement vise également environ 10 % des alliages nécessaires à l’industrie européenne et le développement d’une capacité de production d’aimants permanents recyclés.
Plusieurs projets industriels sont déjà en développement à Lacq, La Rochelle et Grenoble. L’État indique soutenir ces initiatives à hauteur de 180 millions d’euros, pour un volume total d’investissements estimé à près de 600 millions d’euros.
À terme, ces projets doivent permettre de fournir les matières premières nécessaires pour couvrir 50 % des besoins européens en aimants permanents néodyme-fer-bore.
La France poursuit parallèlement une politique de partenariats internationaux sur les métaux critiques. Plus de vingt accords ont été conclus ces dernières années selon le gouvernement.
Le sujet des minerais critiques figure désormais parmi les priorités des discussions économiques internationales, notamment dans le cadre du G7.
« La France a été pionnière dans la maîtrise des terres rares et dispose aujourd’hui de tous les atouts pour le redevenir. Dans un contexte de crise et de fortes tensions internationales, nous devons transformer notre modèle vers une économie décarbonée tout en garantissant notre souveraineté, sans passer d’une dépendance à une autre », a déclaré Roland Lescure.
Sébastien Martin a ajouté : « Sur le terrain, le mouvement est désormais tangible, avec des capacités industrielles qui se reconstruisent, du raffinage jusqu’à la production d’aimants. (...) Sans résilience sur les terres rares, il n’y a pas de souveraineté industrielle. Et sans souveraineté industrielle, il n’y a pas de transition énergétique maîtrisée. »
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