Une étude d’OSS Ventures montre que seulement 2,4 % des usines ont atteint une pleine maturité dans l’usage de l’IA

OSS Ventures, venture studio spécialisé dans les logiciels industriels B2B, publie une étude sur la maturité numérique et l’adoption de l’intelligence artificielle dans l’industrie manufacturière européenne. Réalisée à partir de 914 diagnostics menés entre 2019 et 2026 dans 14 secteurs industriels, elle montre que seule une faible part des entreprises a intégré l’IA à grande échelle, la majorité restant au stade des expérimentations.

Une adoption de l’IA encore limitée dans l’industrie

L’étude met en évidence un décalage entre l’intérêt grandissant des industriels pour l’intelligence artificielle et son déploiement opérationnel.

Parmi les 914 entreprises évaluées, seulement 2,4 % ont atteint le niveau 4 de maturité, correspondant à une intégration complète de l’IA dans les opérations, où celle-ci devient un levier de création de valeur plutôt qu’un simple projet pilote. À l’inverse, 92 % des entreprises se situent au niveau 2 ou en dessous, témoignant d’une phase de découverte ou de tests sans passage à l’échelle.

L’automobile affiche le niveau de maturité moyen le plus élevé, avec une note de 2,69 sur 4, contre 1,86 pour l’agroalimentaire. L’étude relève également un effet lié à la taille des entreprises : aucune société réalisant moins de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires n’a atteint le niveau 4, tandis que près d’une entreprise sur cinq dépassant 200 millions d’euros y est parvenue.

Les entreprises les plus avancées bénéficieraient par ailleurs d’un avantage structurel estimé entre 4 % et 9 % d’EBITDA, un écart qui, selon l’étude, continue de se renforcer au fil du temps.

La structuration des données devient le principal défi

Entre les périodes 2019-2021 et 2022-2024, le niveau moyen de maturité est passé de 1,95 à 2,22 sur une échelle de 4, alors même que le nombre d’entreprises demandant un diagnostic a doublé. Pour OSS Ventures, l’intérêt pour l’IA progresse donc plus rapidement que les résultats obtenus sur le terrain.

Selon Renan Devillieres, fondateur d’OSS Ventures, « L’IA n’est plus un problème de technologie. Les outils existent et sont accessibles. Ce qui distingue les entreprises qui créent de la valeur de celles qui accumulent les pilotes, c’est leur capacité à structurer leurs données, leurs processus et leur organisation. L’industrie entre aujourd’hui dans une nouvelle phase : celle de l’industrialisation de l’IA. »

L’étude montre que, dans 96 % des entreprises analysées, la maturité opérationnelle et la maturité numérique évoluent au même rythme. Le retard observé ne s’expliquerait donc ni par un manque de technologies disponibles ni par des contraintes budgétaires, mais davantage par l’organisation interne.

Des freins récurrents à la généralisation des projets

Les diagnostics réalisés sur le terrain mettent en évidence plusieurs difficultés communes.

Dans la quasi-totalité des sites visités, au moins un processus critique repose encore sur un tableur Excel reconstruit chaque semaine par une seule personne. En parallèle, environ un tiers des règles de fonctionnement des usines ne sont pas documentées et restent détenues uniquement par quelques opérateurs expérimentés.

Enfin, les difficultés concernent moins le lancement des projets que leur généralisation. La majorité des échecs recensés correspond à des expérimentations concluantes qui ne sont pas déployées à grande échelle, faute de gouvernance des données, de pilotage ou de suivi des gains.

Pour OSS Ventures, ces constats confirment que la création de valeur repose désormais sur la capacité des entreprises à fiabiliser leurs données, formaliser leurs savoir-faire et intégrer durablement l’intelligence artificielle dans leurs processus métier.

Des écarts marqués selon les filières industrielles

L’étude souligne également de fortes disparités entre les secteurs.

Après l’automobile, les niveaux de maturité les plus élevés sont observés dans l’aérospatiale et la défense (2,33 sur 4), les biens de consommation (2,29) et l’électronique (2,23). À l’inverse, l’agroalimentaire arrive en dernière position avec une note moyenne de 1,86, devant l’énergie (2,00) et plusieurs secteurs comme les équipements industriels, l’emballage ou d’autres activités manufacturières, dont les scores restent inférieurs ou égaux à 2,02.

Au total, cinq secteurs, parmi lesquels l’agroalimentaire, l’énergie et le transport-logistique, ne comptent aujourd’hui aucune entreprise ayant atteint le niveau 4 de maturité, correspondant à une intégration complète de l’intelligence artificielle dans les opérations. Pour OSS Ventures, l’enjeu n’est désormais plus de multiplier les projets pilotes, mais de transformer durablement les organisations afin de faire de l’IA un levier de compétitivité.


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