Le Royaume-Uni s’apprête à modifier en profondeur la fiscalité applicable aux véhicules électriques. À partir d’avril 2028, les voitures 100 % électriques et les véhicules à hydrogène devront acquitter une taxe calculée selon la distance parcourue, fixée à 3 pence par mile. Les hybrides rechargeables seront pour leur part taxés à hauteur de 1,5 pence par mile.
Selon les éléments communiqués par l’association 40 millions d’automobilistes, ce nouveau dispositif doit rapporter environ 1,1 milliard de livres dès sa première année, puis jusqu’à 1,9 milliard de livres en 2030-2031.
Le principe retenu par les autorités britanniques repose sur une évolution simple. À mesure que les véhicules électriques remplacent les modèles thermiques, les recettes fiscales provenant de l’essence et du gazole diminuent. Les pouvoirs publics cherchent donc à trouver une nouvelle assiette fiscale capable de compenser cette perte.
Concrètement, les propriétaires de véhicules électriques devront déclarer le kilométrage de leur voiture et estimer la distance qu’ils pensent parcourir au cours de la période fiscale suivante. Le montant dû sera ensuite calculé en fonction de cette utilisation réelle du véhicule.
Pour 40 millions d’automobilistes, cette réforme démontre que le passage à l’électrique ne signifie pas nécessairement la disparition de la fiscalité automobile, mais plutôt sa transformation.
« Ce qui se passe aujourd’hui au Royaume-Uni est exactement le scénario que nous devons regarder avec attention », estime Pierre Chasseray, délégué général de l’association. Selon lui, la diminution progressive des recettes issues des carburants obligera tôt ou tard les États à rechercher de nouvelles sources de financement.
Le Royaume-Uni n’est d’ailleurs pas le premier territoire à explorer cette piste. Aux États-Unis, l’Oregon expérimente depuis plusieurs années un système de taxation basé sur l’usage de la route. Le programme OReGO repose aujourd’hui sur une contribution de 2 cents par mile parcouru.
Pour Philippe Nozière, président de 40 millions d’automobilistes, le risque serait de simplement déplacer la pression fiscale. Les automobilistes utilisant aujourd’hui des voitures thermiques acquittent une part importante de taxes lorsqu’ils font leur plein. À mesure que le parc automobile devient électrique, cette contribution diminue mécaniquement.
« Si demain on applique aux voitures électriques une fiscalité équivalente, sous une autre forme, on aura simplement déplacé le problème », considère-t-il.
L’association insiste également sur la nécessité de ne pas opposer conducteurs de véhicules thermiques et utilisateurs de voitures électriques. Selon elle, l’enjeu réside davantage dans la manière dont les pouvoirs publics financeront à l’avenir les infrastructures routières et les politiques de mobilité.
À ce jour, aucune taxe kilométrique comparable n’a été annoncée en France. Pour 40 millions d’automobilistes, l’expérience britannique doit néanmoins ouvrir le débat sur la fiscalité automobile des prochaines années.
« Nous ne disons pas que la France va instaurer demain une taxe au kilomètre. Nous disons que le mécanisme est parfaitement prévisible : quand une recette fiscale disparaît, l’État cherche une nouvelle assiette », conclut Pierre Chasseray.
Avec l’accélération de la transition vers la voiture électrique, la question n’est donc plus seulement de savoir comment seront motorisés les véhicules de demain, mais aussi comment leur utilisation sera taxée.
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