Sans nouvelle mesure budgétaire, jusqu’où pourraient se dégrader les finances publiques françaises ? Le Mémento dévoile les principales projections établies par une mission composée de quatre économistes indépendants. Le déficit public pourrait approcher 7 % du produit intérieur brut en 2030, tandis que la dette dépasserait 130 % du PIB. Pour enrayer cette dynamique, un ajustement de l’ordre de 125 milliards d’euros d’ici à 2032 serait nécessaire.
La trajectoire des finances publiques françaises pourrait se dégrader rapidement au cours des prochaines années en l’absence de nouvelles décisions. C’est le principal constat dressé par la mission confiée aux économistes Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla, avec le concours de l’inspecteur des finances Fabien Bouvet.
Leurs travaux ont été commandés par Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, et David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics. Ils doivent notamment alimenter le débat public et les réflexions entourant la préparation du projet de loi de finances pour 2027.
Selon le scénario étudié, le déficit public atteindrait 5,9 % du PIB dès 2027, puis 6,8 % en 2030. Cette évolution interviendrait malgré l’hypothèse d’un déficit ramené à 5 % du PIB en 2026.
Dans le même temps, la dette publique passerait de 118 % du PIB en 2026 à plus de 130 % en 2030, soit une progression supérieure à dix points en seulement quatre ans.
L’une des principales causes de cette détérioration serait la hausse du coût de la dette. Les économistes estiment que la charge des intérêts pourrait progresser de 46 milliards d’euros entre 2026 et 2030, pour atteindre 124 milliards d’euros par an à la fin de la période.
Cette augmentation représenterait une hausse de 59 % en quatre ans, sous l’effet du refinancement progressif de la dette française à des taux plus élevés.
À partir de 2028, l’alourdissement des intérêts expliquerait l’essentiel de l’aggravation du déficit. Les dépenses militaires, les retraites et la santé participeraient également à cette évolution.
Entre 2026 et 2030, les dépenses de retraite augmenteraient ainsi de 47 milliards d’euros, tandis que celles consacrées à la santé progresseraient de 40 milliards d’euros. Les crédits prévus dans le cadre de la programmation militaire enregistreraient, quant à eux, une hausse de 19 milliards d’euros.
Pour stabiliser durablement le poids de la dette publique, la mission estime qu’un ajustement budgétaire de l’ordre de 125 milliards d’euros à l’horizon 2032 serait nécessaire.
Cet effort devrait débuter dès 2027. Le repousser conduirait à imposer ultérieurement des mesures plus importantes, concentrées sur une période plus courte, avec des conséquences potentiellement plus fortes sur la croissance et la confiance des marchés financiers.
Les économistes considèrent que trois principaux leviers devront être mobilisés. Ils évoquent la maîtrise des dépenses publiques, une augmentation ciblée des recettes et des mesures destinées à renforcer le potentiel de croissance de l’économie française.
L’effort ne pourrait toutefois pas reposer sur une seule catégorie de la population. Compte tenu des montants en jeu, les choix budgétaires devraient concerner plusieurs secteurs et être maintenus pendant plusieurs années.
La priorité devrait être donnée à la maîtrise des dépenses publiques. Les marges disponibles pour augmenter les prélèvements obligatoires sont jugées limitées, la France affichant déjà un niveau de fiscalité particulièrement élevé.
Les dépenses sociales, notamment celles liées à la santé et aux retraites, figurent parmi les principaux postes susceptibles d’être concernés par les futures décisions. La mission recommande toutefois des réformes ciblées plutôt que des réductions identiques appliquées à l’ensemble des budgets publics.
Les mécanismes d’indexation automatique de certaines dépenses sur l’inflation pourraient également être réexaminés. Les traditionnels « coups de rabot » imposés uniformément aux ministères sont considérés comme insuffisants et susceptibles de nuire à l’efficacité des politiques et des services publics.
En 2025, la France présentait le quatrième déficit public le plus élevé de l’Union européenne et le deuxième de la zone euro. Son endettement atteignait alors 116 % du PIB.
Les conditions auxquelles la France emprunte sur les marchés se sont également détériorées. Le programme annuel d’émissions de dette à moyen et long terme de l’État a augmenté de plus de 100 milliards d’euros depuis 2019, pour atteindre 310 milliards d’euros en 2026.
La hausse des taux d’intérêt réduit progressivement les sommes disponibles pour financer d’autres priorités publiques. Le coût de la dette se rapproche désormais du budget de l’ensemble du ministère de l’Éducation nationale.
Ces chiffres ne constituent pas une certitude, mais une trajectoire calculée à politique inchangée. Ils décrivent ce qui pourrait se produire si aucune nouvelle mesure significative n’était adoptée pour corriger l’évolution des recettes et des dépenses publiques.
Les projections reposent également sur l’hypothèse qu’aucune nouvelle crise économique, sanitaire, géopolitique ou environnementale majeure ne surviendrait d’ici à 2030.
Une dégradation de la croissance ou un nouveau choc international pourrait donc alourdir davantage le déficit et la dette. À l’inverse, des mesures de redressement engagées rapidement pourraient permettre d’infléchir cette trajectoire avant qu’elle ne devienne incontrôlable.
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