À l’approche du projet de loi de finances pour 2027, les indicateurs économiques s’accumulent et dessinent un environnement de plus en plus délicat pour les entreprises. L’Insee a abaissé sa prévision de croissance française pour 2026 de "0,7 % à 0,4 %". Dans le même temps, le Gouvernement prépare un effort budgétaire d’environ "54 milliards d’euros" pour tenter de ramener le déficit public autour de 5 % du PIB en 2027.
Pour les dirigeants de PME, la question n’est pourtant pas nécessairement de réclamer une nouvelle baisse d’impôts. Marvin Ndiaye, fondateur du groupe agroalimentaire Fresheo et d’Ultra Paris La Défense, défend une autre priorité. Celle de la stabilité et de la visibilité.
L’entrepreneur, qui accompagne des dirigeants dans la restauration, le BTP, le commerce, le transport ou les services, considère qu’un chef d’entreprise peut construire son modèle avec un niveau de fiscalité élevé dès lors qu’il le connaît et qu’il peut l’anticiper. Ce qui devient beaucoup plus difficile, selon lui, est de gérer lorsque les règles, les dispositifs ou les calendriers changent régulièrement.
Dans une économie où la croissance attendue n’est désormais que de "0,4 %", l’incertitude peut peser directement sur les décisions d’embauche et d’investissement. Pourquoi engager plusieurs centaines de milliers d’euros dans un nouvel équipement, recruter ou ouvrir un établissement lorsque le dirigeant ignore encore quelles seront ses charges ou les règles applicables quelques mois plus tard ?
Marvin Ndiaye ne considère pas que rien n’ait été fait pour les entreprises depuis 2017. Il cite notamment la transformation de l’ISF en IFI, la création du prélèvement forfaitaire unique et la diminution progressive du taux normal de l’impôt sur les sociétés.
Sa critique porte ailleurs. Selon lui, ces mesures favorables aux entreprises n’ont pas été accompagnées d’une maîtrise suffisamment importante des dépenses publiques.
Les chiffres permettent de mesurer l’évolution des finances publiques. En 2017, le déficit représentait "2,6 % du PIB" et la dette publique environ "97 %". En 2025, le déficit atteint "5,1 % du PIB", tandis que la dette s’établissait autour de "115,6 %". Les prélèvements obligatoires représentaient 43,6 % du PIB et les dépenses publiques environ 57,3 %.
La dette a encore progressé depuis. À la fin du premier trimestre 2026, elle atteignait "117,5 % du PIB".
Pour Marvin Ndiaye, le sujet ne consiste donc pas uniquement à savoir qui devra payer davantage ou quel impôt pourrait être créé, supprimé ou ajusté. Il considère que l’État devrait également examiner beaucoup plus précisément l’efficacité de ses dépenses.
Il résume son raisonnement avec une comparaison entrepreneuriale.
"C’est exactement comme dans une entreprise. Tu peux augmenter ton chiffre d’affaires, lever de l’argent, optimiser ta fiscalité. Mais si tes dépenses augmentent plus vite que ton modèle peut le supporter, il faut bien trouver de l’argent quelque part. L’État, lui, a trois solutions, réduire ses dépenses, augmenter ses recettes, ou continuer de s’endetter."
Le projet de budget 2027 donne une nouvelle dimension à cette réflexion. Sébastien Lecornu a annoncé un effort budgétaire de "54 milliards d’euros", avec l’ambition de ramener le déficit entre 4,8 et 5 % du PIB. La présentation du texte est annoncée pour le 30 septembre.
Pour les entreprises, l’enjeu sera donc de savoir où cet effort sera réellement porté. Réduction des dépenses, évolution de certaines aides, fiscalité, charges ou contribution de différentes catégories de contribuables, les arbitrages peuvent avoir des conséquences très différentes sur l’activité.
Marvin Ndiaye défend une méthode proche de celle qu’il applique dans les entreprises qu’il accompagne. Avant de chercher une nouvelle recette, il estime nécessaire d’examiner les dépenses "ligne par ligne", d’évaluer leur efficacité et de déterminer celles qui peuvent être réduites, transformées ou supprimées.
Il ne s’agit pas d’une position portée par une organisation patronale mais de la lecture d’un entrepreneur qui revendique une expérience de terrain auprès de PME.
La question devient d’autant plus sensible que les défaillances restent à un niveau élevé. Leur nombre atteint "71 100 sur douze mois" et "75 350 emplois" sont menacés. Trois défaillances sur quatre concernent des entreprises de moins de trois salariés.
Pour les plus petites structures, quelques milliers d’euros supplémentaires de charges, un paiement qui arrive trop tard ou une règle fiscale modifiée peuvent avoir des conséquences beaucoup plus importantes que pour une grande entreprise disposant d’une trésorerie et d’équipes financières dédiées.
C’est précisément sur ce terrain que Marvin Ndiaye place la priorité. Il ne réclame pas nécessairement moins d’impôts mais davantage de prévisibilité.
Pour un chef d’entreprise, connaître durablement les règles permet de fixer ses prix, calculer sa marge, décider d’un recrutement et programmer ses investissements. L’incertitude permanente conduit au contraire certains dirigeants à différer leurs décisions.
À quelques jours des derniers arbitrages budgétaires, le message porté par cet entrepreneur est donc moins fiscal qu’il n’y paraît. La demande adressée à l’État n’est pas simplement de prélever moins, mais de définir une trajectoire compréhensible, durable et suffisamment stable pour permettre aux entreprises de décider et d’investir.
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