Le Mémento a reçu un rapport exceptionnel par son ampleur consacré au vécu quotidien des agents des services publics. Intitulée "Hiérarchie et management dans les services publics", cette enquête repose sur "20 503 réponses" recueillies entre octobre 2025 et février 2026. Elle fait apparaître des difficultés importantes dans l’organisation du travail, les relations avec la hiérarchie, les effectifs ou encore la capacité des agents à remplir leurs missions comme ils le souhaiteraient.
Sa publication intervient à un moment particulièrement intéressant, alors que se prépare le budget 2027 et que les moyens accordés aux administrations, les dépenses de personnel et l’organisation des services publics vont nécessairement alimenter les arbitrages. Le document apporte ainsi une matière précieuse au débat, même si ses auteurs prennent soin de préciser que l’échantillon interrogé "n’est pas représentatif de la fonction publique" et que les résultats doivent donc être interprétés avec cette réserve.
Premier constat, l’attachement au service public demeure puissant. "Deux répondants sur trois" déclarent avoir souvent ou très fréquemment le sentiment de faire quelque chose d’utile pour les autres. Cette proportion atteint même "cinq répondants sur six" dans la fonction publique hospitalière.
Mais cet engagement se heurte à une frustration importante. Dans les hôpitaux, "41 %" des personnes interrogées déclarent devoir souvent ou très fréquemment sacrifier la qualité de leur travail. Elles sont près d’un tiers dans la fonction publique territoriale et celle de l’État. Autrement dit, la difficulté exprimée ne porte pas forcément sur l’utilité du métier mais sur les moyens de l’exercer correctement.
La reconnaissance apparaît également comme un sujet sensible. La rémunération, les possibilités de promotion et la reconnaissance sociale sont considérées comme "insuffisantes par près de deux répondants sur trois". Les agents de catégorie C et ceux qui n’exercent pas de fonctions d’encadrement expriment davantage ces difficultés.
L’étude insiste aussi sur le poids de l’ambiance professionnelle. Parmi les répondants déclarant travailler dans une mauvaise ambiance, "89 %" font état d’un mal-être professionnel. À l’inverse, "87 %" de ceux qui jugent leur ambiance de travail bonne disent aller bien ou plutôt bien. Les auteurs associent notamment la fragilisation des équipes à l’insuffisance des effectifs, au turnover ou à un accompagnement insuffisant lors des prises de poste.
La relation avec la hiérarchie apparaît tout aussi déterminante. Lorsque le supérieur prend réellement le temps de discuter avec son équipe, "76 %" des répondants indiquent aller bien ou plutôt bien au travail. Ils ne sont plus que "26 %" lorsque ce dialogue est totalement absent.
Un décalage apparaît également entre le regard des encadrants et celui de leurs agents. Selon l’étude, plus de huit encadrants sur dix considèrent bien connaître le travail des personnes qu’ils évaluent. Du côté des agents hors situation d’encadrement, seulement "46 %" estiment que leur évaluateur connaît réellement leur travail.
Le rapport va même plus loin en abordant le rapport aux consignes. Parmi les personnes déclarant devoir très fréquemment sacrifier la qualité de leur travail, "trois répondants sur quatre" estiment qu’il pourrait être de leur devoir de s’écarter d’un ordre hiérarchique lorsque celui-ci entre en contradiction avec le sens de leur mission. Cette proportion illustre l’intensité du conflit professionnel ressenti par une partie des répondants.
Un contrepoint mérite toutefois d’être apporté à cette photographie. Le rapport insiste largement sur les difficultés vécues par les agents, mais beaucoup moins sur l’un des avantages historiques de la fonction publique, la sécurité de l’emploi. Celle-ci constitue pourtant un élément important lorsqu’on compare les conditions d’exercice avec celles du secteur privé, où une difficulté économique peut directement menacer l’emploi.
Cette stabilité peut également produire certains effets moins souvent évoqués. Une mauvaise ambiance ne résulte pas nécessairement du seul manque d’effectifs ou du management. Elle peut aussi être aggravée lorsqu’un agent ne trouve plus sa place dans une équipe mais reste durablement dans le même service, lorsque les possibilités de mobilité sont faibles ou lorsqu’une absence prolongée n’est pas rapidement compensée. Des témoignages recueillis, par Le Mémento, dans différentes administrations font également état de procédures de mobilité parfois longues et de services de ressources humaines jugés insuffisamment réactifs face à certaines situations individuelles.
La question des moyens ne peut donc pas être totalement séparée de celle de l’organisation. À l’heure des choix budgétaires, augmenter ou préserver les effectifs constitue une partie du débat, mais la capacité à mieux répartir les agents, remplacer les absences, faciliter les mobilités et intervenir rapidement lorsqu’un collectif se dégrade mérite également d’être examinée.
Ce rapport apporte finalement une photographie particulièrement intéressante d’agents qui restent attachés au service public mais dont une partie estime ne plus toujours pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Il nourrit ainsi le débat budgétaire avec une question centrale, celle de savoir si la réponse aux difficultés des services publics repose uniquement sur davantage de moyens ou également sur une organisation plus souple, plus réactive et capable de mieux utiliser les ressources humaines déjà présentes.
À retenir sur ce rapport
Mémento
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