Coénove s’appuie sur l’étude prospective « Perspectives gaz 2050 » de France Gaz pour défendre une trajectoire de décarbonation associant baisse des consommations, électrification et développement des gaz renouvelables. Selon les modélisations de la filière gazière, deux scénarios alternatifs permettraient d’éviter 330 à 460 milliards d’euros d’investissements d’ici 2050 par rapport à la trajectoire de référence de la SNBC 3, dont plus de la moitié avant 2035. Ce chiffrage résulte des hypothèses retenues par France Gaz et son cabinet conseil E-Cube et ne constitue pas une estimation indépendante des coûts futurs de la transition.
La troisième Stratégie nationale bas-carbone, adoptée en juillet 2026, constitue de son côté la feuille de route officielle de la France pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Elle prévoit notamment une accélération de la sortie des énergies fossiles et, dans le bâtiment, une quasi-décarbonation des émissions à cet horizon.
Deux scénarios pour conserver un mix énergétique diversifié
Les « Perspectives gaz 2050 » explorent deux trajectoires. La première repose davantage sur des écosystèmes locaux et l’économie circulaire, tandis que la seconde intègre une ambition accrue de réindustrialisation et d’échanges internationaux.
Dans les deux cas, France Gaz associe efficacité énergétique, électrification des usages, recours à des équipements hybrides et développement du biométhane, de l’hydrogène décarboné et d’autres gaz renouvelables ou bas carbone.
Selon l’étude, la consommation totale de gaz continuerait malgré tout de diminuer pour atteindre entre 221 et 278 TWh en 2050, contre des volumes actuellement supérieurs. France Gaz estime que le maintien d’infrastructures existantes et le recours à des équipements hybrides pourraient limiter certains investissements dans les bâtiments, l’industrie et les réseaux énergétiques.
Coénove reprend cette analyse pour défendre ce qu’elle présente comme une complémentarité entre « électrons décarbonés » et molécules progressivement décarbonées.
Dans le logement, la consommation de gaz serait divisée par deux
Pour le secteur résidentiel, les scénarios relayés par Coénove envisagent une consommation de gaz passant de 120 TWh en 2025 à environ 60 TWh en 2050, tout en maintenant plus de neuf millions de logements utilisant encore du gaz, y compris au sein de systèmes hybrides.
La baisse recherchée passerait par la sobriété, la rénovation énergétique et le remplacement des équipements anciens par des appareils plus efficaces. Coénove met notamment en avant les pompes à chaleur hybrides, les systèmes associant solaire et gaz ainsi que les chaudières à très haute performance énergétique.
Cette orientation diffère sur certains points de la trajectoire centrale retenue par la SNBC 3. La stratégie de l’État prévoit notamment un déploiement massif des pompes à chaleur et un remplacement progressif des chaudières à gaz, tout en envisageant qu’en 2050 les consommations de gaz restantes reposent intégralement sur des gaz bas carbone.
« Ces travaux donnent une traduction chiffrée à la vision que nous portons depuis toujours : la complémentarité des énergies permet d’atteindre, de façon optimale, les objectifs de décarbonation du pays tout en maîtrisant l’effort demandé aux Français », estime Jean-Charles Colas-Roy, président de Coénove.
Biométhane, pyrogazéification et méthanation au cœur du scénario
Les scénarios étudiés reposent également sur une augmentation de la production de gaz renouvelables et bas carbone.
Coénove cite notamment la méthanisation, la pyrogazéification, la gazéification hydrothermale et la méthanation pour valoriser des ressources agricoles et différents déchets. Les biogaz liquides sont également présentés comme une solution complémentaire dans les territoires ruraux non raccordés aux réseaux.
La SNBC 3 prévoit elle aussi le maintien d’un rôle pour des vecteurs énergétiques autres que l’électricité, notamment le biométhane, d’autres gaz bas carbone, la chaleur renouvelable et l’hydrogène, tout en réduisant fortement la consommation de gaz fossile.
Coénove réclame plusieurs évolutions réglementaires et fiscales
À partir de ces projections, l’association formule plusieurs demandes aux pouvoirs publics.
Elle appelle notamment à publier la trajectoire des certificats de production de biométhane (CPB), à mieux reconnaître les gaz renouvelables dans le diagnostic de performance énergétique et la réglementation environnementale des bâtiments, à soutenir les équipements performants et hybrides produits par des industriels européens et à instaurer une fiscalité différenciée entre biogaz et gaz fossile importé.
Ces propositions correspondent à la position défendue par Coénove et ne constituent pas les orientations actuellement retenues dans leur ensemble par la politique énergétique nationale.
« Développer les gaz renouvelables et bas carbone, tout en réduisant les consommations, permettrait d’alléger les investissements nécessaires à la transition et de renforcer notre sécurité d’approvisionnement », affirme de son côté Frédéric Martin, président de France Gaz.
L’étude ouvre ainsi un débat sur le rythme et la combinaison des technologies à mobiliser pour atteindre la neutralité carbone. La SNBC 3 demeure toutefois le cadre de référence de l’État, avec une priorité donnée à la réduction des consommations, à la rénovation des bâtiments et à la substitution progressive des énergies fossiles par des solutions décarbonées.
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