Le plan Impulsion IA présenté mardi 22 septembre par le gouvernement suscite déjà des critiques syndicales. Dans une prise de position publiée le 23 septembre, la CGT estime que le dispositif présenté comme devant permettre à l’intelligence artificielle de "profiter à tous" ferait principalement peser son financement sur les salariés et les contribuables.
Le syndicat pointe notamment l’annonce d’une nouvelle aide destinée aux entreprises afin de soutenir le déploiement de "l’IA embarquée dans des robots". Selon la CGT, le montant de cette aide n’aurait pas été précisé publiquement.
L’organisation syndicale rappelle que les aides publiques versées aux entreprises auraient atteint "211 milliards d’euros en 2023" et demande qu’elles soient davantage contrôlées et conditionnées. Elle reprend également une recommandation formulée en 2024 par le Conseil économique, social et environnemental visant à "concentrer les financements publics sur le développement d’IA frugales et sur les IA à finalité directement environnementales".
Autre point de désaccord, la formation professionnelle. La CGT reproche au gouvernement de vouloir mobiliser notamment le compte personnel de formation des salariés ainsi que plusieurs dispositifs financés sur fonds publics pour accompagner le développement des compétences liées à l’intelligence artificielle.
Le syndicat considère que les grandes entreprises et les branches professionnelles ne seraient, de leur côté, soumises à aucune contrepartie suffisante en matière de négociation ou de financement de la formation. Pour la CGT, il est "hors de question que le CPF" soit utilisé pour financer les besoins de formation directement liés aux choix technologiques des entreprises.
Le plan gouvernemental comprend "12 mesures pour que l’IA profite à tous", mais la CGT regrette l’absence de discussion consacrée au partage des gains de productivité générés par ces technologies.
Elle réclame notamment une réflexion sur la reconnaissance salariale des nouvelles qualifications liées à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Le syndicat défend également une réduction collective du temps de travail et évoque notamment "le passage à 32h" parmi les pistes rendues possibles, selon lui, par les gains de productivité issus de l’IA.
La CGT appelle par ailleurs à mieux encadrer juridiquement l’utilisation de ces outils dans le monde professionnel. Elle souhaite que la France soutienne la proposition de la Confédération européenne des syndicats en faveur d’une directive européenne consacrée à "l’IA et le travail".
Le syndicat plaide également pour une intervention française auprès de l’Organisation internationale du travail afin de favoriser l’adoption d’une norme internationale de régulation.
Enfin, la CGT souhaite le développement d’une filière européenne capable de réduire la dépendance aux technologies américaines et chinoises. Elle estime que cette stratégie industrielle ne peut reposer uniquement sur "l’environnement des start ups" et demande parallèlement l’arrêt de ce qu’elle qualifie de "casse industrielle" en France.
À travers cette prise de position, la CGT ne conteste donc pas le développement de l’intelligence artificielle lui-même, mais réclame une autre répartition de son financement, davantage de garanties pour les salariés et un encadrement plus strict de son utilisation dans les entreprises.
Le gouvernement présente de son côté Impulsion IA comme un plan destiné à faire en sorte que l’intelligence artificielle "profite à tous". Les 12 mesures annoncées doivent notamment favoriser la diffusion de ces technologies dans les entreprises, accompagner la formation des actifs et soutenir l’investissement dans de nouveaux usages, notamment l’IA embarquée dans la robotique.
Le recours à des dispositifs existants de financement de la formation peut ainsi être présenté comme un moyen d’accélérer l’adaptation des compétences face à une évolution technologique rapide.
Les éléments communiqués par la CGT ne détaillent toutefois ni le montant de la nouvelle aide annoncée aux entreprises, ni les arguments précis avancés par le gouvernement en réponse aux critiques portant sur le financement, les contreparties demandées aux employeurs ou le partage des gains de productivité.
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