La Cour internationale de Justice a reconnu, le 21 mai 2026, que le droit de grève est protégé par la convention n°87 de l’Organisation internationale du travail sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical.
Selon le communiqué, la décision affirme “par dix voix contre quatre” que “le droit de grève des travailleurs et de leurs organisations est protégé par la convention (no 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, 1948”.
Pour la CGT, cette reconnaissance constitue une victoire majeure pour les travailleurs et les organisations syndicales. Le syndicat estime que cette décision confirme la légitimité de la grève comme moyen d’expression d’un droit fondamental au travail, en lien avec la Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail, adoptée en 1998 et amendée en 2022.
Dans son analyse, la CGT rappelle que la grève n’est pas expressément mentionnée dans la convention 87, ce qui avait ouvert la voie à des contestations de la part des employeurs. Le communiqué affirme que ce droit “était contesté en tant que droit fondamental par les employeurs”. Le syndicat y voit une tentative de limiter la capacité de l’Organisation internationale du travail à intervenir sur les atteintes au droit de grève.
Mais cette lecture appelle aussi un contradictoire. Les organisations patronales et les entrepreneurs n’ont pas nécessairement contesté l’existence du droit de grève en tant que liberté démocratique. Le point de friction porte plutôt sur son usage, ses conséquences économiques et son articulation avec la continuité de l’activité. Dans de nombreuses entreprises, le désaccord ne se situe pas entre un droit de grève reconnu et une volonté de le supprimer, mais entre deux visions du travail. D’un côté, le droit de cesser le travail pour défendre des revendications. De l’autre, le devoir d’assurer une activité, de respecter les engagements pris, de produire, de servir les clients et de préserver l’emploi.
C’est là que le débat devient plus large. Les entrepreneurs peuvent reconnaître le droit de grève tout en rappelant que l’entreprise repose aussi sur une responsabilité collective. Une grève peut être légitime, mais elle n’efface pas les contraintes supportées par ceux qui doivent maintenir une structure debout, payer les salaires, honorer les charges, répondre aux clients ou faire face à la concurrence. Le droit de grève ne peut donc pas être analysé sans évoquer aussi le devoir de travailler, notion que les syndicats contestent souvent dès qu’elle est présentée comme un contrepoids au droit de cesser le travail.
Le communiqué de la CGT insiste sur la dimension internationale de cette victoire. Selon le syndicat, cette décision montre que “lorsque les travailleur·euses du monde entier s’organisent, décident de se battre pied à pied, utilisent chacun des moyens dont ils disposent, même les plus complexes, ils gagnent”. La centrale attribue cette avancée à la mobilisation de la Confédération syndicale internationale, dont elle est membre depuis 2006.
Reste que le syndicalisme traverse aussi une crise de représentativité dans de nombreux pays. Les salariés sont moins syndiqués qu’autrefois, et cette évolution interroge le langage syndical, ses méthodes et ses revendications. Le recul de l’adhésion ne signifie pas la disparition des préoccupations sociales, mais il montre que certaines formes de discours ou de contestation parlent moins aux nouvelles générations de travailleurs. Le monde du travail a changé, avec davantage de petites entreprises, d’indépendants, de cadres, de télétravail, de mobilité professionnelle et de salariés moins enclins à se reconnaître dans les oppositions classiques entre capital et travail.
Dans ce contexte, une mise à jour du logiciel syndical paraît nécessaire. Défendre le droit de grève reste un combat institutionnel pour les organisations de salariés. Mais cette défense ne peut plus ignorer les réalités économiques des entreprises, ni les attentes de salariés qui souhaitent à la fois des droits, du pouvoir d’achat, de la reconnaissance, de la souplesse et de la stabilité. Le syndicalisme qui oppose systématiquement employeurs et travailleurs risque de passer à côté d’une partie du salariat qui ne se reconnaît plus dans ce rapport de force permanent.
La CGT rappelle enfin que l’avis rendu par la Cour internationale de Justice est consultatif et “n’est pas contraignant”. Elle affirme toutefois vouloir poursuivre, avec la CSI, “le combat internationaliste et d’émancipation” qui fonde son action.
La décision de la CIJ donne donc un point juridique important aux syndicats. Mais le débat social ne peut pas se résumer à un score entre travailleurs et employeurs. Si le droit de grève est reconnu, le rapport au travail, lui, doit être repensé. Entre liberté de contester et nécessité de produire, entre droit collectif et responsabilité économique, le monde du travail de 2026 appelle moins des slogans qu’une nouvelle grammaire sociale.
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