La forêt française traverse une période de profondes mutations. Si elle continue de gagner du terrain, le changement climatique accélère la mortalité des arbres à un rythme supérieur à leur capacité naturelle de renouvellement.
Entre vagues de chaleur, sécheresses répétées et incendies, les scientifiques constatent une fragilisation sans précédent de cet écosystème essentiel à la biodiversité et à la lutte contre le réchauffement climatique.
Selon l’AFP, plus de 50 000 hectares de forêt ont déjà été détruits par les incendies depuis le début de l’année en France. Les épisodes caniculaires des derniers mois aggravent fortement les risques, alors que les sapeurs-pompiers restent mobilisés sur plusieurs importants feux, notamment en Gironde et dans les Landes.
Avec 26 millions d’hectares, dont 17,6 millions en métropole, la France possède la forêt la plus diversifiée d’Europe. Elle compte près de 190 essences d’arbres, composées à plus de 65 % de feuillus, principalement des chênes, et de résineux comme les pins ou les épicéas. Pourtant, malgré cette richesse, la mortalité des arbres a plus que doublé au cours des dix dernières années, selon l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN).
Une récente étude du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, publiée dans la revue Nature Communications, montre que la mortalité naturelle des principales essences françaises a été multipliée par 1,5 à 4 entre 2015 et 2023. Le hêtre figure parmi les espèces les plus touchées, sa mortalité ayant plus que doublé entre 2019 et 2023, notamment après la sécheresse exceptionnelle de 2022.
Les chercheurs expliquent que des printemps humides favorisent une forte croissance du feuillage, mais rendent ensuite les arbres plus vulnérables lorsque les étés deviennent particulièrement secs. Leur besoin en eau augmente alors fortement, accélérant leur dépérissement.
L’Office national des forêts estime désormais qu’un tiers des forêts françaises se trouvent déjà en situation d’« inconfort climatique ». D’ici 2050, près de la moitié du territoire pourrait être concernée par une sensibilité élevée aux incendies.
Toutes les essences sont concernées. Les épicéas souffrent des attaques de scolytes, des insectes favorisés par le réchauffement climatique. Les hêtres, les frênes et les pins sylvestres subissent quant à eux les effets des sécheresses répétées. Dans certains cas, un arbre centenaire peut mettre plusieurs années à mourir après avoir accumulé de multiples stress climatiques.
Les territoires ultramarins ne sont pas épargnés. En Outre-mer, la diminution des précipitations pourrait ralentir le renouvellement des forêts tropicales humides, tandis que la montée du niveau de la mer menace progressivement certaines mangroves situées sur les zones littorales.
Face à cette évolution rapide, les forestiers estiment que les capacités d’adaptation naturelles des arbres sont en moyenne dix fois trop lentes par rapport à la vitesse du changement climatique. Pour préparer les forêts de demain, les plantations devraient donc être renforcées avec une plus grande diversité d’essences, en favorisant notamment des espèces plus résistantes à la sécheresse, comme le chêne pubescent, le pin maritime ou encore le cèdre de l’Atlas.
Au-delà de leur richesse écologique, les forêts jouent un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique. Elles constituent le deuxième puits de carbone de la planète après les océans en captant le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Toutefois, cette capacité s’affaiblit à mesure que les arbres dépérissent ou disparaissent sous l’effet des incendies.
Le Citepa a ainsi constaté une baisse moyenne de 2,1 % par an de la capacité de stockage du carbone entre 2019 et 2022. Malgré ce recul, les forêts françaises continuent de stocker chaque année environ 39 millions de tonnes supplémentaires de CO?, selon l’IGN, mais leur efficacité diminue progressivement.
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