Les accusations portées par l’administration américaine contre la société chinoise Moonshot AI dépassent le cadre d’un simple différend entre géants de la technologie. Alors que Washington soupçonne l’entreprise d’avoir utilisé le modèle Claude Fable 5 d’Anthropic pour développer son nouvel assistant Kimi K3, cette affaire remet au premier plan la question de la propriété intellectuelle dans l’univers de l’intelligence artificielle.
Pour Jean-François Deldon, président de Yakadata et spécialiste des stratégies de la donnée et de l’IA, cette actualité constitue surtout un signal d’alerte pour les entreprises françaises, en particulier les PME, qui utilisent de plus en plus d’outils d’intelligence artificielle dans leurs activités quotidiennes.
L’expert estime que le véritable enjeu ne réside plus uniquement dans le choix d’un assistant IA performant, mais dans la capacité des entreprises à protéger les informations qu’elles lui confient.
« Si les plus grands laboratoires d’IA s’accusent aujourd’hui de voler leurs modèles, les entreprises devraient se poser une autre question, comment protéger leurs propres actifs lorsque l’intelligence artificielle devient un collaborateur du quotidien. »
Selon lui, les accusations visant Moonshot AI devront naturellement être démontrées. Elles illustrent néanmoins une évolution majeure de l’économie numérique où la propriété intellectuelle devient un actif stratégique.
Cette problématique ne concerne pas uniquement les grands groupes technologiques. Les PME disposent elles aussi d’un patrimoine immatériel souvent essentiel à leur compétitivité. Savoir-faire, méthodes de travail, propositions commerciales, procédures internes, bases documentaires ou encore connaissance des clients représentent autant d’informations qui alimenteront progressivement les assistants intelligents et les agents spécialisés.
Jean-François Deldon estime que les dirigeants doivent désormais se poser plusieurs questions essentielles avant d’intégrer ces outils dans leur organisation. Quelles informations l’IA peut-elle consulter ? Que peut-elle mémoriser ? Où les données sont-elles hébergées ? Peuvent-elles être réutilisées ? Quels engagements contractuels les fournisseurs prennent-ils concernant ces informations ? Et surtout, qui demeure propriétaire des connaissances intégrées dans ces systèmes ?
Pour l’expert, ces interrogations relèvent désormais de la gouvernance de l’intelligence artificielle. De la même manière qu’une entreprise contrôle les accès à ses locaux ou à son système informatique, elle devra définir précisément ce qu’une IA est autorisée à voir, à apprendre et à exécuter.
« Le patrimoine d’une entreprise ne se limite plus à ses fichiers, il inclut désormais les connaissances qu’elle transmet à ses outils d’IA. »
L’affaire Moonshot AI rappelle ainsi que la transformation numérique ne se limite plus au choix d’une technologie performante. Elle impose également une réflexion sur la protection des actifs immatériels, devenue un facteur de compétitivité.
« Le sujet n’est plus seulement de choisir la bonne intelligence artificielle. Il est de s’assurer que, dans son utilisation quotidienne, elle ne devienne jamais une porte de sortie pour le savoir-faire qui fait la valeur de l’entreprise. »
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