Plus de 1 000 chevaux sont concernés par une nouvelle enquête européenne sur un trafic présumé de viande chevaline impropre à la consommation, impliquant la Belgique, la France, l’Irlande et les Pays-Bas. Après une opération coordonnée par Europol ayant mobilisé 200 agents et donné lieu à 24 perquisitions, foodwatch demande aux autorités de rendre publique la destination des viandes concernées et les produits dans lesquels elles auraient pu être utilisées.
L’organisation de défense des consommateurs affirme que des chevaux de loisir et de course ayant notamment reçu des traitements médicamenteux ont été introduits frauduleusement dans la chaîne alimentaire après manipulation de leur identité et de leur traçabilité.
Elle souligne toutefois que de nombreuses questions restent sans réponse : la durée du trafic, les volumes réellement commercialisés, les entreprises concernées, les pays de destination et la forme sous laquelle la viande aurait été vendue ne sont pas précisés dans les éléments transmis.
Des identités de chevaux et des puces électroniques trafiquées
Selon foodwatch, l’enquête a mis au jour des manipulations portant sur l’identité des animaux. L’organisation évoque notamment un trafic de puces électroniques ayant permis, dans certains cas, de faire apparaître administrativement un même cheval comme ayant été abattu à plusieurs reprises.
Les autorités belges auraient détecté en 2025 et 2026 des anomalies dans les documents d’identification de chevaux avant de prendre la tête de l’enquête européenne. foodwatch précise que les investigations ne concerneraient pas nécessairement un réseau criminel unique.
En France, l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) a mené sept perquisitions dans le Gard, en Saône-et-Loire, en Mayenne, dans la Sarthe, en Gironde et en Haute-Saône, selon les informations reprises par l’organisation.
foodwatch affirme que des chevaux considérés comme impropres à la consommation sont néanmoins entrés dans la chaîne alimentaire. Les éléments communiqués ne permettent cependant pas d’établir dans quels produits cette viande aurait été incorporée ni quels consommateurs auraient été concernés.
« On ignore sous quelle forme on en a mangé »
Pour l’association, cette absence d’information constitue précisément le cœur du problème.
« Il s’agit d’une fraude qui consiste à brouiller la traçabilité de la viande et à faire entrer dans notre chaîne alimentaire de la viande de cheval impropre à la consommation », déclare Ingrid Kragl, directrice de l’information de foodwatch et autrice de Manger du faux pour de vrai. Les scandales de la fraude alimentaire.
Elle souligne que certains chevaux de loisir auraient reçu des traitements médicamenteux incompatibles avec leur entrée dans la chaîne alimentaire.
« On ignore sous quelle forme on en a mangé. On ne sait pas si cette viande de cheval trafiquée est entrée dans la composition de produits transformés en étant étiquetés comme contenant peut-être d’autres viandes que celle de cheval. Elle a pu être exportée. Surtout, depuis quand ce manège dure-t-il ? On a le droit de savoir », poursuit Ingrid Kragl.
Ces interrogations sont celles formulées par foodwatch à partir de l’enquête en cours ; elles ne permettent pas, à ce stade, d’identifier précisément les circuits commerciaux concernés.
Une affaire qui ravive le souvenir du scandale de 2013
L’organisation établit un parallèle avec le scandale européen de 2013, lorsque de la viande de cheval avait été retrouvée dans des produits commercialisés comme contenant du bœuf, notamment des plats préparés.
foodwatch estime que les fraudes liées à la viande chevaline n’ont pas disparu depuis cette affaire et dénonce des failles persistantes dans la traçabilité européenne.
Elle met notamment en cause la coexistence de bases nationales d’identification qui ne seraient pas toutes accessibles aux autorités des autres États membres. Selon l’organisation, la France permet cet échange d’informations, contrairement notamment à l’Allemagne, d’après ses propres informations.
foodwatch considère que cette fragmentation peut être exploitée par les fraudeurs alors que les marchandises circulent ensuite au sein du marché européen.
5 258 tonnes de viande chevaline importées en France en 2025
La consommation française de viande de cheval a diminué depuis l’affaire de 2013. Mais la France continue d’en importer et d’en exporter.
Selon les chiffres de FranceAgriMer cités par foodwatch, le pays aurait importé 5 258 tonnes de viande chevaline en 2025 et en aurait exporté 2 169 tonnes.
L’organisation demande désormais aux autorités de préciser si de la viande issue des animaux concernés par l’enquête a été commercialisée en France, dans quels circuits et par quelles entreprises.
Une pétition lancée par foodwatch pour réclamer davantage de transparence sur les fraudes alimentaires, adressée aux ministres chargés de l’Agriculture et de l’Économie, aurait recueilli près de 60 000 signatures, selon l’association.
foodwatch réclame davantage de contrôles et des sanctions renforcées
Au-delà de cette affaire, foodwatch estime que les moyens consacrés à la lutte contre les fraudes alimentaires et aux contrôles sanitaires restent insuffisants en Europe.
L’organisation critique également le niveau des sanctions prononcées dans certaines affaires, qu’elle juge trop faible au regard des gains potentiels générés par ces trafics.
Elle réclame notamment une meilleure interconnexion des bases nationales d’identification des chevaux, davantage de moyens pour les autorités de contrôle et une information systématique des consommateurs lorsque des produits non conformes ont été commercialisés.
foodwatch rappelle par ailleurs que la Commission européenne, via la DG SANTE, suit depuis plusieurs années les fraudes touchant la filière chevaline et recommande un renforcement des contrôles dans les abattoirs. La mise en œuvre de ces contrôles relève toutefois des États membres.
L’organisation alerte enfin sur le projet européen dit « omnibus » consacré à la sécurité alimentaire, dont elle craint qu’il n’aboutisse à un allègement de certains contrôles aux frontières. Cette appréciation relève de la position de foodwatch sur le projet.
Pour l’association, la priorité immédiate reste désormais d’identifier précisément le devenir des viandes issues des chevaux concernés par l’enquête : où elles ont été commercialisées, sous quelle forme et par quels opérateurs.
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