Un mois après sa première édition, organisée les 23 et 24 juin 2026 à Paris Expo Porte de Versailles, le Tech For Industry Show a mis en ligne les replays de ses conférences. Le salon avait accueilli 3 900 visiteurs, 97 exposants et 30 start-up, avec plus de 60 prises de parole consacrées notamment à la compétitivité industrielle, à la robotique, à la défense et à l’usine autonome.
Aymeric Renaud, président de Schneider Electric France, a ouvert le salon en interrogeant la capacité de l’industrie française à accélérer sa transformation. Le groupe compte 15 000 collaborateurs et 25 usines en France.
La part de l’industrie dans le produit intérieur brut français est passée de 20 % dans les années 1980 à 10 % actuellement. La France exporte parallèlement 92 térawattheures d’électricité pour une valeur de 5 milliards d’euros, tout en important 60 milliards d’euros d’énergies fossiles.
Le prix du mégawattheure devrait atteindre 55 euros en France en 2027, contre 95 euros en Allemagne et entre 100 et 105 euros en Italie. Combinées, l’électrification et la digitalisation pourraient générer de 10 à 30 % d’économies d’énergie selon les configurations présentées.
L’adoption de l’intelligence artificielle générative progresse également : 35 % des entreprises seraient en phase d’intégration, contre moins de 3 % lors d’une précédente étude comparable. Le salon souligne toutefois que 70 % des entreprises n’ont pas encore engagé cette démarche.
« Les industriels qui n’ont pas cette donnée ne peuvent pas opérer la transformation », indique Aymeric Renaud, président de Schneider Electric France.
Une table ronde consacrée à la robotique a réuni des représentants de Michelin, Exotec, Nvidia et Dassault Systèmes. Selon une étude d’Accenture menée auprès de 550 responsables industriels, 63 % des personnes interrogées estiment que l’industrie de demain sera pilotée par l’intelligence artificielle et 38 % ont déjà commencé à s’y préparer.
Pierre-Yves Le Morvan, responsable Manufacturing chez Nvidia France, a présenté le « Physical AI » comme le passage de l’intelligence artificielle du monde numérique au monde physique. Cette approche repose sur des robots capables de percevoir leur environnement et d’adapter leurs actions, avec un changement de méthode consistant à entraîner les machines plutôt qu’à programmer chacun de leurs mouvements.
Michelin a investi 100 millions d’euros pendant six ans afin d’automatiser une ligne de fabrication de pneus destinés au génie civil. Le dispositif devait notamment supprimer des tâches pénibles qui ne pouvaient pas être traitées par les systèmes d’automatisation classiques.
La sécurité, le coût des équipements et la formation des équipes restent les trois principaux freins identifiés.
« Un humanoïde qui perd 50 % de son énergie pour tenir debout, pour l’industrie, ça n’a pas de sens », souligne Sylvain Desroziers, Fellow Industry 5.0 chez Michelin.
« En fait, ici, on n’est pas encore passé à l’échelle. Mais ailleurs, c’est déjà fait », observe Pierre-Yves Le Morvan, Industry & Manufacturing Lead France chez Nvidia.
La table ronde sur la souveraineté industrielle de la défense a réuni la Direction générale de l’armement, Naval Group, Saft et Thales.
La Loi de programmation militaire prévoit 413 milliards d’euros sur la période 2024-2030, tandis que le plan ReArm Europe affiche un montant de 800 milliards d’euros. La filière représente 220 000 emplois directs et indirects, répartis entre neuf grands groupes et un réseau de plus de 4 000 petites et moyennes entreprises.
Benoît Laroche de Roussane, directeur de l’industrie de défense à la DGA, a cité trois priorités : sécuriser les approvisionnements en matières premières critiques, maîtriser les technologies souveraines dans l’intelligence artificielle, les données et la cybersécurité, et recruter les compétences nécessaires à la montée en charge.
« Former un ingénieur, c’est dix ans. Quand on doit aller vite, ça pose une question fondamentale », indique Benoît Laroche de Roussane, directeur de l’industrie de défense à la DGA.
« Si on emploie les mêmes méthodes que pour l’automobile, nous risquons bien d’avoir les mêmes conséquences », prévient Roque Carmona, directeur des achats groupe de Thales.
Safran, Forvia et Renault ont présenté leurs stratégies pour développer des usines plus autonomes à l’horizon 2030.
Safran rassemble 11 entreprises, 220 usines dans le monde et 60 000 opérateurs. Après cinq années de déploiement de systèmes de gestion du cycle de vie des produits, de progiciels de gestion intégrés et de systèmes d’exécution de la fabrication, le groupe travaille désormais à partir d’archétypes de fabrication plutôt que de projets pilotes isolés.
La digitalisation génère, selon les données présentées, de 5 à 10 % de gains de productivité. Les dispositifs de « smart automation » visent des gains compris entre 30 et 40 %.
« Mettez un pilote business uniquement pour le MES, c’est l’échec assuré. Il faut un double pilotage : un pilote métier nourri par le terrain et un pilote IT dans le même bureau, qui mangent ensemble et vivent le projet », explique Frédéric Vetil, VP Digital Transformation Operations 4.0 chez Safran.
Forvia a déployé son système d’exécution de la fabrication dans 200 usines en cinq ans, en appliquant le principe d’une organisation industrielle allégée avant le déploiement des outils numériques.
Renault compte plus de 20 000 équipements connectés dans 22 usines. Le groupe fait état d’un retour sur investissement inférieur à un an et de gains à deux chiffres sur la qualité, la réduction des rebuts et la consommation d’énergie.
Le constructeur prévoit de déployer entre 300 et 350 robots humanoïdes dans ses usines à partir de 2027. Un projet réalisé avec l’intelligence artificielle générative aurait par ailleurs été achevé en une demi-journée, contre huit mois avec les méthodes habituelles.
La deuxième édition du Tech For Industry Show se déroulera les 19 et 20 mai 2027 à Paris Expo Porte de Versailles, dans le hall 7.1.
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