Aucune méthode actuellement disponible ne permet de mesurer complètement les effets d’un produit ou d’une activité sur la biodiversité. Cette conclusion ressort d’une étude de la Renewable Carbon Initiative menée avec le soutien du nova-Institut.
L’analyse du cycle de vie, souvent désignée par le sigle ACV, sert à évaluer les conséquences environnementales d’un produit depuis l’extraction des matières premières jusqu’à sa fabrication, son utilisation et sa fin de vie. Elle mesure relativement bien certains indicateurs comme les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’énergie ou l’utilisation de l’eau. L’exercice devient plus complexe lorsqu’il faut apprécier la disparition d’espèces, la dégradation des habitats ou l’appauvrissement génétique.
Les auteurs ont comparé neuf approches développées ou fortement améliorées au cours des dix dernières années. Parmi elles figurent ReCiPe2016, IMPACT World+, LC-IMPACT, Product Biodiversity Footprint, Biodiversity Impact Assessment+, BioMAPS, Global Extinction Potential, UNEP-GLAM et Biodiversity Value Increment.
Chaque méthode a été examinée selon sa capacité à couvrir les trois dimensions de la biodiversité que sont la diversité des espèces, la diversité génétique et celle des écosystèmes. Les chercheurs ont également étudié la prise en compte de cinq grandes causes d’érosion du vivant, à savoir la transformation des terres et des mers, le changement climatique, la pollution, l’exploitation directe des organismes et la propagation d’espèces exotiques envahissantes.
Le constat reste incomplet. Aucune des neuf approches ne couvre simultanément ces trois dimensions et ces cinq facteurs. Les difficultés tiennent notamment au manque de données locales, aux incertitudes scientifiques, à la complexité des chaînes d’impact et aux écarts de résultats entre les modèles.
Le choix de la méthode peut pourtant modifier l’identification des principales pressions environnementales. Une entreprise pourrait ainsi orienter ses investissements vers un enjeu présenté comme prioritaire par un modèle, alors qu’une autre méthode ferait apparaître un risque différent.
Le rapport recommande donc de réaliser plusieurs analyses de sensibilité et de comparer les résultats. Il déconseille d’utiliser les seules données issues d’une ACV pour communiquer auprès des consommateurs sur les conséquences d’un produit pour la biodiversité.
Pour une première évaluation globale des risques, UNEP-GLAM et BioMAPS sont présentées comme des approches émergentes particulièrement intéressantes. Elles doivent néanmoins être complétées par des observations sur le terrain, des certifications et des évaluations adaptées à chaque site.
Matthias Stratmann, responsable du développement durable au nova-Institut, reconnaît que "notre capacité à prendre en compte la biodiversité dans les analyses du cycle de vie reste limitée". Selon lui, le travail réalisé permet surtout de repérer "les modèles et les outils actuellement les plus avancés".
La Renewable Carbon Initiative rassemble plus de 60 entreprises, institutions et associations engagées dans la substitution du carbone fossile par du carbone biosourcé, recyclé ou issu du dioxyde de carbone. Une seconde publication consacrée à la biodiversité, à la biomasse et à la bioéconomie est annoncée pour l’automne 2026.
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