L’usage de l’intelligence artificielle progresse plus vite que les règles internes censées l’encadrer. Selon la deuxième édition du Baromètre IA Entreprise et Durabilité de l’ESSCA et de Forvis Mazars, deux professionnels interrogés sur trois constatent du Shadow AI dans leur organisation, c’est-à-dire l’utilisation d’outils d’IA non validés par l’entreprise.
L’étude a été menée auprès de 826 professionnels en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Espagne. Elle montre que seuls 44 % déclarent que leur entreprise dispose de lignes directrices éthiques formalisées concernant l’IA. Dans 24 % des organisations, les usages non autorisés seraient simplement tolérés, tandis que 12 % continueraient d’enregistrer du Shadow AI malgré une interdiction explicite.
Les risques concernent notamment la confidentialité, la cybersécurité, la propriété intellectuelle et la maîtrise des données. Dans le même temps, seulement 28 % des répondants estiment que leur organisation connaît bien l’AI Act.
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle est entré dans une nouvelle phase d’application le 2 août 2026, date à laquelle plusieurs dispositions et pouvoirs de contrôle sont devenus effectifs, même si certaines règles concernant les systèmes à haut risque entreront en application plus tard.
Parallèlement, l’IA sort progressivement de la phase d’expérimentation. 65 % des répondants indiquent que leur entreprise dispose désormais d’une équipe dédiée, et 57 % déclarent bénéficier d’actions de formation.
En France et au Royaume-Uni, deux marchés déjà étudiés lors de la précédente édition, la proportion d’organisations disposant d’une équipe consacrée à l’IA serait passée de 49 % en 2024 à 71 % en 2026. La formation des salariés progresse dans le même temps de 40 % à 62 %.
Les usages se banalisent également : 80 % citent les modèles de langage pour des tâches bureautiques et 60 % pour rechercher des informations dans la documentation interne. Parmi les entreprises produisant du code, 55 % indiquent qu’au moins un quart est désormais généré ou assisté par l’IA.
Les agents autonomes gagnent aussi du terrain : 35 % des répondants déclarent que leur entreprise les utilise déjà, dont 7 % de manière intensive.
« Les collaborateurs n’ont pas attendu que les entreprises fixent leurs règles pour utiliser l’IA », souligne Laurent Inard, associé et responsable de la R&D de Forvis Mazars France.
Le baromètre montre enfin un décalage entre perception et mesure. Si 61 % des professionnels interrogés estiment que l’IA a un impact positif sur le développement durable dans leur entreprise, seules 30 % des organisations suivraient sa consommation énergétique et 25 % ses émissions nettes de gaz à effet de serre.
La souveraineté numérique entre également davantage dans les critères de choix : 54 % des répondants disent prendre en compte l’origine du fournisseur d’IA ou la localisation des données.
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