La transparence salariale va-t-elle permettre de découvrir combien gagne son patron, son chef de service ou son voisin de bureau ? La réponse est non. Mais les salariés pourraient prochainement disposer de beaucoup plus d’informations sur les rémunérations pratiquées dans leur entreprise.
La France prépare en effet la transposition de la directive européenne du 10 mai 2023 destinée à renforcer l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes. Le texte européen impose aux États de développer la transparence des salaires et de donner aux salariés de nouveaux moyens pour identifier d’éventuelles différences de traitement.
Pas question pour autant de publier la fiche de paie de chacun. Selon les dispositions actuellement envisagées, un salarié pourrait obtenir des informations concernant les rémunérations pratiquées pour "un poste équivalent au vôtre", avec notamment "la rémunération médiane, la plus haute et la plus basse". Impossible donc de savoir précisément combien gagne le collègue installé dans le bureau voisin ou de connaître le salaire personnel de son supérieur.
Cette transparence restera donc encadrée. Elle pourrait néanmoins changer sensiblement les relations entre salariés et employeurs. Celui qui découvre que sa rémunération se situe très en dessous de celle pratiquée pour des fonctions comparables disposera d'éléments beaucoup plus solides pour demander des explications, voire une revalorisation.
Le principal enjeu reste la lutte contre les discriminations salariales, particulièrement entre les femmes et les hommes. Les dernières données de l'Insee montrent qu'en 2024, dans le secteur privé, le revenu salarial moyen des femmes était inférieur de 21,8 % à celui des hommes. À temps de travail identique, l'écart demeurait de 14 %. Les différences augmentent également avec l'âge et le nombre d’enfants.
Le phénomène est connu depuis longtemps mais la transparence pourrait rendre les écarts beaucoup plus difficiles à ignorer. Dans l'entreprise citée en exemple, le responsable des ressources humaines affirme ainsi que des différences "supérieures à 5 % qui étaient inexpliquées" avaient déjà été identifiées. Elles ont commencé à être corrigées "dans le cadre de notre campagne d'augmentation 2026". D'autres écarts ont pu être justifiés par "le niveau de responsabilité" ou "l'ancienneté des collaborateurs".
Pour les salariés, disposer d'une fourchette de rémunération pourrait rapidement devenir un nouvel outil de négociation. L'une des personnes interrogées ne cache d'ailleurs pas son intention. "Si on a accès en tout cas à une fourchette, si les écarts sont connus, forcément je demanderai à avoir un rattrapage du salaire."
Les entreprises devront donc être capables non seulement de connaître leurs écarts de rémunération, mais aussi de les expliquer lorsqu'ils reposent sur des critères objectifs. À défaut, elles pourraient être contraintes de les corriger. Des sanctions sont également envisagées dans le cadre de la transposition française, leurs modalités précises dépendant toutefois du texte finalement adopté. Les discussions ont notamment porté sur la publication de fourchettes de rémunération dans les offres d'emploi et sur les obligations imposées aux entreprises selon leur taille.
La révolution annoncée n'est donc pas celle de la fiche de paie ouverte à tous. Vous ne saurez probablement toujours pas combien gagne exactement votre patron. En revanche, il pourrait devenir beaucoup plus difficile pour une entreprise de payer très différemment deux personnes effectuant un travail comparable sans être capable d'en expliquer la raison.
Une transparence encore relative, certes, mais qui pourrait déjà faire beaucoup parler autour de la machine à café.
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