L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ne relève pas de nouveau risque lié aux utilisations actuellement déclarées de l’aspartame, tandis que foodwatch et Yuka contestent cette conclusion et demandent à la Commission européenne de suspendre son autorisation au nom du principe de précaution. Le débat intervient à l’occasion d’un nouvel avis scientifique consacré au sel d’aspartame-acésulfame, ou E 962.
Cet additif associe deux édulcorants : l’aspartame (E 951) et l’acésulfame K (E 950). En raison du manque de données spécifiquement disponibles sur l’E 962, l’EFSA indique avoir également utilisé des données portant sur l’aspartame.
L’agence européenne conclut qu’elle « n’a relevé aucun risque pour la sécurité lié aux utilisations et aux doses d’utilisation actuellement signalées » de l’acésulfame K, de l’aspartame et du sel d’aspartame-acésulfame.
Une dose journalière admissible toujours fixée à 40 mg/kg
Le précédent avis scientifique de l’EFSA consacré à l’aspartame remontait à 2013. La dose journalière admissible reste fixée à 40 mg par kilogramme de poids corporel et par jour.
Selon les éléments cités par foodwatch et Yuka, cette quantité correspondrait, d’après l’Organisation mondiale de la santé, à environ 9 à 14 canettes de soda par jour, selon leur teneur et le poids de la personne concernée.
Les deux organisations dénoncent cependant le maintien de cette évaluation.
« L’avis publié aujourd’hui est scandaleux, car l’EFSA ne voit aucun problème dans la consommation quotidienne actuelle d’aspartame, alors même que les risques pour la santé ont été documentés par des études scientifiques indépendantes récentes », déclarent foodwatch et Yuka.
Elles considèrent que l’avis constitue « une occasion manquée » de réexaminer plus largement la sécurité de cet édulcorant et demandent à la Commission européenne et aux États membres de suspendre son autorisation.
Cancer, maladies cardiovasculaires et diabète : des associations mises en avant par les associations
L’aspartame est un édulcorant environ 200 fois plus sucré que le sucre. Selon les chiffres repris par foodwatch et Yuka, il serait présent dans environ 2 500 produits en Europe et 5 000 dans le monde, notamment des boissons gazeuses, chewing-gums et certains produits laitiers.
Les deux organisations reprochent à l’EFSA de ne pas accorder suffisamment de poids à plusieurs publications scientifiques récentes faisant état d’associations entre consommation d’aspartame et certains problèmes de santé.
Elles citent notamment la cohorte française NutriNet-Santé, portant sur plus de 100 000 adultes. Selon les résultats rapportés dans leur communiqué, certaines consommations d’aspartame étaient associées à un risque accru de cancer, de maladies cardiovasculaires et de diabète de type 2.
foodwatch et Yuka évoquent notamment une association de +15 % pour le risque global de cancer, +22 % pour le cancer du sein, +17 % pour certains événements cardiovasculaires et +63 % pour le risque de diabète de type 2dans les analyses qu’elles citent.
Ces résultats correspondent à des associations statistiques observées dans des études épidémiologiques et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir qu’une consommation donnée d’aspartame provoque directement ces pathologies.
Un classement du CIRC qui alimente le débat
En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l’OMS, a classé l’aspartame dans le groupe 2B, correspondant à une substance considérée comme potentiellement cancérogène pour l’être humain selon les éléments repris par les associations.
Cette classification avait été établie à partir de la littérature scientifique disponible, dont les travaux issus de NutriNet-Santé.
Elle ne constitue toutefois pas une évaluation du risque aux niveaux habituels d’exposition : le classement du CIRC porte sur la capacité potentielle d’une substance à provoquer un cancer, tandis que les agences de sécurité alimentaire évaluent également le niveau d’exposition auquel un risque pourrait apparaître.
foodwatch et Yuka citent par ailleurs une méta-analyse de l’OMS sur les édulcorants et rappellent que l’organisation déconseille l’utilisation des édulcorants non sucrés comme stratégie de contrôle du poids.
Plus de 400 000 signatures pour demander une interdiction
Depuis février 2025, foodwatch, Yuka et La Ligue contre le Cancer mènent une campagne en faveur d’une interdiction préventive de l’aspartame dans l’Union européenne.
Selon les organisations, plus de 400 000 personnes en Europe ont signé leur pétition.
Elles critiquent également les conditions dans lesquelles l’aspartame a été évalué au fil des décennies et reprochent notamment à l’avis de l’EFSA de 2013 de s’être largement appuyé sur des études financées ou conduites par l’industrie.
foodwatch et Yuka affirment notamment qu’une étude de 1981 réalisée par le fabricant Ajinomoto avait contribué à étayer la dose d’exposition considérée comme acceptable. Elles contestent la méthodologie de cette étude et estiment que la dose journalière admissible devrait être réévaluée à la lumière des publications plus récentes.
Ces critiques correspondent à la position des associations et ne remettent pas en elles-mêmes en cause la conclusion réglementaire actuellement retenue par l’EFSA.
La Commission européenne appelée à trancher
foodwatch, Yuka et La Ligue contre le Cancer indiquent avoir demandé à rencontrer la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sans avoir obtenu de rendez-vous à ce stade.
Les organisations affirment également que l’EFSA s’était engagée, lors d’échanges intervenus au cours de l’année écoulée, à examiner l’opportunité d’une révision de la dose journalière admissible de l’aspartame dans le cadre de l’évaluation de l’E 962.
Elles indiquent parallèlement que la Commission européenne avait évoqué la possibilité de nouvelles mesures de gestion des risques en fonction des conclusions de cet avis.
Pour l’heure, l’EFSA maintient donc son évaluation de sécurité aux niveaux d’utilisation actuellement déclarés. foodwatch et Yuka entendent, de leur côté, poursuivre leur campagne pour obtenir une interdiction de l’aspartame au niveau européen.
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