Après qu’Emmanuel Macron a déclaré ne pas exclure une baisse de la fiscalité sur les carburants si les prix continuaient de s’envoler, « 40 millions d’automobilistes » appelle l’exécutif à agir sans attendre. L’association demande notamment de réduire les prélèvements pesant sur le prix à la pompe et poursuit parallèlement son opération nationale « Balance ton plein ». Lors de son entretien diffusé le 24 septembre 2026 sur TF1 et France 2, le président de la République a défendu en priorité une action sur les causes internationales de la hausse des prix : approvisionnement, stocks stratégiques et tensions au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz. Il a toutefois assuré qu’« il ne faut rien exclure » si la situation devait perdurer. Emmanuel Macron a estimé qu’une diminution des taxes ne constituait pas, à ce stade, « la décision la plus vertueuse », en raison de son coût pour les finances publiques et de son caractère non ciblé. Il a privilégié des dispositifs destinés aux ménages et secteurs les plus exposés, tout en assurant que le Gouvernement agirait pour éviter une nouvelle envolée des prix.
« Le problème n’est pas seulement à Ormuz »
« 40 millions d’automobilistes » reconnaît l’effet des tensions géopolitiques sur les cours pétroliers, mais estime qu’elles ne suffisent pas à expliquer le niveau payé par les conducteurs français. « Le problème n’est pas seulement le détroit d’Ormuz, c’est aussi le détroit de Bercy », déclare Philippe Nozière, président de « 40 millions d’automobilistes », qui met en avant le poids de l’accise, de la TVA et du dispositif des certificats d’économies d’énergie dans le coût supporté à la pompe. En 2026, le tarif normal de l’accise s’élève à 60,75 euros par hectolitre pour le gazole et 69,02 euros pour les essences, soit respectivement 60,75 et 69,02 centimes par litre, auxquels s’ajoute la TVA. L’association chiffre par ailleurs à près de 18 centimes par litre le coût lié aux certificats d’économies d’énergie (CEE). Ce chiffre constitue son estimation et non un prélèvement fiscal fixe appliqué à chaque litre. Les CEE sont un dispositif réglementaire qui impose notamment aux metteurs à la consommation de carburants des obligations d’économies d’énergie ; leur coût peut être répercuté dans les prix commerciaux. La sixième période du dispositif court de 2026 à 2030. « 40 millions d’automobilistes » avance également qu’environ 60 % du prix d’un plein correspondrait aux prélèvements et charges publiques. Là encore, cette proportion est celle mise en avant par l’association et varie nécessairement avec le niveau du prix hors taxes et le carburant considéré.
Un litre à 1,90 euro déjà jugé trop élevé
L’association conteste par ailleurs le niveau de référence évoqué par Emmanuel Macron, qui a rappelé que les prix se situaient encore autour de 1,90 euro le litre à la fin du mois d’août avant la nouvelle aggravation des tensions internationales. Pour Philippe Nozière, ce niveau constituait déjà une charge importante pour les ménages dépendants de leur voiture. « Présenter 1,90 euro le litre comme une situation normale est difficilement acceptable pour les automobilistes. Le prix a encore augmenté depuis, mais même à 1,90 euro, le plein représente déjà une dépense considérable pour des millions de Français », estime-t-il. Le ministère de la Transition écologique publie chaque semaine les prix moyens nationaux des carburants ainsi que des données permettant de distinguer prix hors taxes, fiscalité et évolution des cours internationaux.
Le plafond de TotalEnergies au centre des échanges
Lors de son intervention, Emmanuel Macron a également évoqué le plafonnement des prix pratiqué dans le réseau TotalEnergies. Le dispositif actuellement annoncé par l'entreprise prévoit, dans ses stations de France hexagonale, un plafond de 1,99 euro par litre pour l’essence et de 2,25 euros par litre pour le diesel. « 40 millions d’automobilistes » relève ainsi que le plafond du gazole n’est pas de 2,15 euros, montant évoqué dans l’entretien présidentiel, mais bien de 2,25 euros selon les conditions publiées par TotalEnergies. « Le plafonnement d’un opérateur ne peut pas constituer une politique durable du prix des carburants pour l’ensemble des Français », estime Pierre Chasseray, délégué général de l’association. Les clients électricité ou gaz de TotalEnergies ayant activé son « Avantage Carburant » disposent, sous conditions, d’un dispositif distinct plafonnant essence et diesel à 1,99 euro par litre en 2026.
L’association réclame l’utilisation du levier fiscal
Emmanuel Macron a évalué à environ un milliard d’euros par mois le coût budgétaire potentiel d’une réduction de 20 centimes de la fiscalité sur les carburants et rappelé que ces prélèvements contribuent au financement des administrations publiques. « 40 millions d’automobilistes » défend une lecture différente, considérant qu’une réduction de la facture à la pompe pourrait restituer du pouvoir d’achat aux ménages et soutenir d’autres dépenses de consommation. « Si le Gouvernement veut réellement agir sur le prix payé par les Français, il doit utiliser tous les leviers dont il dispose, y compris le levier fiscal », affirme Pierre Chasseray. Cette demande s’inscrit dans une campagne engagée depuis plusieurs semaines par l’association. Dès le 12 septembre, elle avait lancé « Balance ton plein », une mobilisation numérique destinée à réclamer une baisse des taxes sur les carburants.
« Balance ton plein » se poursuit
L’association appelle désormais les automobilistes à continuer de participer à cette opération en renseignant leur commune ou leur code postal sur la plateforme dédiée afin d’apparaître sur une carte nationale de la mobilisation. « Le Président de la République dit aujourd’hui qu’il ne faut rien exclure. Nous lui répondons qu’il ne faut surtout pas exclure la baisse des taxes. Il faut même la décider », conclut Pierre Chasseray. La position de l’association intervient alors que l’exécutif maintient pour l’instant une stratégie différente : agir prioritairement sur les tensions internationales et l’approvisionnement, tout en laissant ouverte la possibilité de nouvelles mesures si la hausse des prix devait se prolonger.
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